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Platon
Apologie de Socrate
(Traduction de Victor Cousin, 1822)
[17a] Je ne sais, Athéniens, quelle impression mes accusateurs ont faite sur vous. Pour moi, en les entendant, peu sen est fallu que je ne me méconnusse moi-même, tant ils ont parlé dune manière persuasive ; et cependant, à parler franchement, ils nont pas dit un mot qui soit véritable.
Mais, parmi tous les mensonges quils ont débités, ce qui ma le plus surpris, cest lorsquils vous ont recommandé de vous bien [17b] tenir en garde contre mon éloquence ; car, de navoir pas craint la honte du démenti que je vais leur donner tout à lheure, en faisant voir que je ne suis point du tout éloquent, voilà ce qui ma paru le comble de limpudence, à moins quils nappellent éloquent celui qui dit la vérité. Si cest là ce quils veulent dire, javoue alors que je suis un habile orateur, mais non pas à leur manière ; car, encore une fois, ils nont pas dit un mot qui soit véritable ; et de ma bouche vous entendrez la vérité toute entière, non pas, il est vrai, Athéniens, dans les discours étudiés, comme ceux de mes adversaires, et brillants de [17c] tous les artifices du langage, mais au contraire dans les termes qui se présenteront à moi les premiers ; en effet, jai la confiance que je ne dirai rien qui ne soit juste. Ainsi que personne nattende de moi autre chose. Vous sentez bien quil ne me siérait guère, à mon âge, de paraître devant vous comme un jeune homme qui sexerce à bien parler. Cest pourquoi la seule grâce que je vous demande, cest que, si vous mentendez employer pour ma défense le même langage dont jai coutume de me servir dans la place publique, aux comptoirs des banquiers, où vous mavez souvent entendu, ou partout ailleurs, vous nen soyez pas surpris, et ne vous emportiez pas contre moi ; car cest aujourdhui la première fois de ma vie que je parais devant un tribunal, [17d] à lâge de plus de soixante-dix ans ; véritablement donc je suis étranger au langage quon parle ici. Eh bien ! de même que, si jétais réellement un étranger, vous me laisseriez parler dans [18a] la langue et à la manière de mon pays, je vous conjure, et, je ne crois pas vous faire une demande injuste, de me laisser maître de la forme de mon discours, bonne ou mauvaise, et de considérer seulement, mais avec attention, si ce que je dis est juste ou non : cest en cela que consiste toute la vertu du juge ; celle de lorateur est de dire la vérité.
Dabord, Athéniens, il faut que je réfute les premières accusations dont jai été lobjet, et mes premiers accusateurs ; ensuite les accusations récentes et les accusateurs qui viennent de [18b] sélever contre moi. Car, Athéniens, jai beaucoup daccusateurs auprès de vous, et depuis bien des années, qui navancent rien qui ne soit faux, et que pourtant je crains plus quAnytus et ceux qui se joignent à lui, bien que ceux-ci soient très redoutables ; mais les autres le sont encore beaucoup plus. Ce sont eux, Athéniens, qui, semparant de la plupart dentre vous dès votre enfance, vous ont répété, et vous ont fait accroire quil y a un certain Socrate, homme savant, qui soccupe de ce qui se passe dans le ciel et sous la terre, et qui dune mauvaise cause en sait faire une bonne. [18c] Ceux qui répandent ces bruits, voilà mes vrais accusateurs ; car, en les entendant, on se persuade que les hommes, livrés à de pareilles recherches, ne croient pas quil y ait des Dieux. Dailleurs, ces accusateurs sont en fort grand nombre, et il y a déjà longtemps quils travaillent à ce complot, et puis ils vous ont prévenus de cette opinion dans lâge de la crédulité ; car alors vous étiez enfants pour la plupart, ou dans la première jeunesse : ils maccusaient donc auprès de vous tout à leur aise, plaidant contre un homme qui ne se défend pas ; et ce quil y a de plus bizarre, cest quil ne mest pas permis de connaître, ni de nommer [18d] mes accusateurs, à lexception dun certain faiseur de comédies. Tous ceux qui, par envie et pour me décrier, vous ont persuadé de ces faussetés, et ceux qui, persuadés eux-mêmes, ont persuadé les autres, échappent à toute poursuite, et je ne puis ni les appeler devant vous, ni les réfuter ; de sorte que je me vois réduit à combattre des fantômes, et à me défendre sans que personne mattaque. Ainsi mettez-vous dans lesprit que jai affaire à deux sortes daccusateurs, comme je viens de le dire ; les uns qui mont accusé depuis longtemps, les autres qui mont cité en dernier lieu ; et croyez, je vous prie, [18e] quil est nécessaire que je commence par répondre aux premiers ; car ce sont eux que vous avez dabord écoutés, et ils ont fait plus dimpression sur vous que les autres.
Eh bien donc, Athéniens, il faut se défendre, [19a] et tâcher darracher de vos esprits une calomnie qui y est déjà depuis longtemps, et cela en aussi peu dinstants. Je souhaite y réussir, sil en peut résulter quelque bien pour vous et pour moi ; je souhaite que cette défense me serve ; mais je regarde la chose comme très difficile, et je ne mabuse point à cet égard. Cependant quil arrive tout ce quil plaira aux dieux, il faut obéir à la loi, et se défendre.
Reprenons donc dans son principe laccusation [19b] sur laquelle sappuient mes calomniateurs, et qui a donné à Mélitus la confiance de me traduire devant le tribunal. Voyons ; que disent mes calomniateurs ? Car il faut mettre leur accusation dans les formes, et la lire comme si, elle était écrite, et le serment prêté : Socrate est un homme dangereux, qui, par une curiosité criminelle, veut pénétrer ce qui se passe dans le ciel et sous la terre, fait une bonne cause dune mauvaise, [19c] et enseigne aux autres ces secrets pernicieux. Voilà laccusation ; cest ce que vous avez vu dans la comédie dAristophane, où lon représente un certain Socrate, qui dit quil se promène dans les airs, et autres semblables extravagances sur des choses où je nentends absolument rien ; et je ne dis pas cela pour déprécier ce genre de connaissances, sil y a quelquun qui y soit habile (et que Mélitus naille pas me faire ici de nouvelles affaires) ; mais cest quen effet, je ne me suis jamais mêlé de ces matières, [19d] et je puis en prendre à témoin la plupart dentre vous. Je vous conjure donc tous tant que vous êtes avec qui jai conversé, et il y en a ici un fort grand nombre, je vous conjure de déclarer si, vous mavez jamais entendu parler de ces sortes de sciences, ni de près ni de loin ; Par là, vous jugerez des autres parties de laccusation, où il ny a pas un mot de vrai. Et si lon vous dit que je me mêle denseigner, et que jexige [19e] un salaire, cest encore une fausseté. Ce nest pas que je ne trouve fort beau de pouvoir instruire les hommes, comme font Gorgias de Léontium, Prodicus de Cos, et Hippias dÉlis. Ces illustres personnages parcourent toute la Grèce, attirant les jeunes gens qui pourraient, sans aucune dépense, sattacher [20a] à tel de leurs concitoyens quil leur plairait de choisir ; ils savent leur persuader de laisser là leurs concitoyens, et de venir à eux : ceux-ci les paient bien, et leur ont encore beaucoup dobligation. Jai ouï dire aussi quil était arrivé ici un homme de Paros, qui est fort habile ; car métant trouvé lautre jour chez un homme qui dépense plus en sophistes que tous nos autres, citoyens ensemble, Callias, fils dHipponicus, je mavisai de lui dire, en parlant de ses deux fils : Callias, si, pour enfants, tu avais deux jeunes chevaux ou [20b] deux jeunes taureaux, ne chercherions-nous pas à les mettre entre les mains dun habile homme, que nous paierions bien, afin quil les rendît aussi beaux et aussi bons quils peuvent être, et quil leur donnât toutes les perfections de leur nature ? Et cet homme, ce serait probablement un cavalier ou un laboureur. Mais, puisque pour enfants tu as des hommes, à qui as-tu résolu de les confier ? Quel maître avons-nous en ce genre, pour les vertus de lhomme et du citoyen ? Je mimagine quayant des enfants, tu as dû penser à cela ? As-tu quelquun ? lui dis-je. Sans doute, me répondit-il. Et qui donc ? repris-je ; doù est-il ? Combien prend-il ? Cest Évène, Socrate, me répondit Callias ; il est de Paros, et prend cinq mines. Alors je félicitai Évène, sil était vrai quil eût ce talent, et quil lenseignât à si bon marché. Pour moi, javoue [20c] que je serais bien fier et bien glorieux, si javais cette habileté ; mais malheureusement je ne lai point, Athéniens.
Et ici quelquun de vous me dira sans doute :
Mais, Socrate, que fais-tu donc ? Et doù viennent ces calomnies que lon a répandues contre toi ? Car si tu ne faisais rien de plus ou autrement que les autres, on naurait jamais tant parlé de toi. Dis-nous donc ce que cest, afin que nous ne portions pas un jugement téméraire. [20d] Rien de plus juste assurément quun pareil langage ; et je vais tâcher de vous expliquer ce qui ma fait tant de réputation et tant dennemis. Écoutez-moi ; quelques-uns de vous croiront peut-être que je ne parle pas sérieusement ; mais soyez bien persuadés que je ne vous dirai que la vérité. En effet, Athéniens, la réputation que jai acquise vient dune certaine sagesse qui est en moi. Quelle est cette sagesse ? Cest peut-être une sagesse purement humaine ; et je cours grand risque de nêtre sage que de celle-là, tandis que les hommes dont je viens de vous parler [20e] sont sages dune sagesse bien plus quhumaine. Je nai rien à vous dire de cette sagesse supérieure, car je ne lai point ; et qui le prétend en impose et veut me calomnier. Mais je vous conjure, Athéniens, de ne pas vous émouvoir, si ce que je vais vous dire vous paraît dune arrogance extrême ; car je ne vous dirai rien qui vienne de moi, et je ferai parler devant vous une autorité digne de votre confiance ; je vous donnerai de ma sagesse un témoin qui vous dira si elle est, et quelle elle est ; et ce témoin cest le dieu de Delphes. Vous connaissez tous [21a] Chéréphon, cétait mon ami denfance ; il létait aussi de la plupart dentre vous ; il fut exilé avec vous, et revint avec vous. Vous savez donc quel homme cétait que Chéréphon, et quelle ardeur il mettait dans tout ce quil entreprenait. Un jour, étant allé à Delphes, il eut la hardiesse de demander à loracle (et je vous prie encore une fois de ne pas vous émouvoir de ce que je vais dire) ; il lui demanda sil y avait au monde un homme plus sage que moi : la Pythie lui répondit quil ny en avait aucun. A défaut de Chéréphon, qui est mort, son frère, qui est ici, [21b] pourra vous le certifier. Considérez bien, Athéniens, pourquoi je vous dis toutes ces choses, cest uniquement pour vous faire voir doù viennent les bruits quon a fait courir contre moi.
Quand je sus la réponse de loracle, je me dis en moi-même : que veut dire le dieu ? Quel sens cachent ses paroles ? Car je sais bien quil ny a en moi aucune sagesse, ni petite ni grande ; Que veut-il donc dire, en me déclarant le plus sage des hommes ? Car enfin il ne ment point ; un dieu ne saurait mentir. Je fus longtemps dans une extrême perplexité sur le sens de loracle, jusquà ce quenfin, après bien des incertitudes, je pris le parti que vous allez entendre pour [21c] connaître lintention du dieu. Jallai chez un de nos concitoyens, qui passe pour un des plus sages de la ville ; et jespérais que là, mieux quailleurs, je pourrais confondre loracle, et lui dire : tu as déclaré que je suis le plus sage des hommes, et celui-ci est plus sage que moi. Examinant donc cet homme, dont je nai que faire de vous dire le nom, il suffit que cétait un de nos plus grands politiques, et mentretenant avec lui, je trouvai quil passait pour sage aux yeux de tout le monde, surtout aux siens, et quil ne létait point. Après cette découverte, je mefforçai de lui faire voir quil nétait nullement ce quil croyait être ; et voilà déjà ce qui me rendit odieux [21d] à cet homme et à tous ses amis, qui assistaient à notre conversation. Quand je leus quitté, je raisonnai ainsi en moi-même : je suis plus sage que cet homme. Il peut bien se faire que ni lui ni moi ne sachions rien de fort merveilleux ; mais il y a cette différence que lui, il croit savoir, quoiquil ne sache rien ; et que moi, si je me sais rien, je ne crois pas non plus savoir. Il me semble donc quen cela du moins je suis un peu plus sage, que je ne crois pas savoir [21e] ce que je ne sais point. De là, jallai chez un autre, qui passait encore pour plus sage que le premier ; je trouvai la même chose, et je me fis là de nouveaux ennemis. Cependant je ne me rebutai point ; je sentais bien quelles haines jassemblais sur moi ; jen étais affligé, effrayé même : malgré cela, je crus que je devais préférer à toutes choses la voix du dieu, et, pour en trouver le véritable sens, aller de porte en porte chez tous ceux [22a] qui avaient le plus de réputation ; et je vous jure, Athéniens, car il faut vous dire la vérité, que voici le résultat que me laissèrent mes recherches : ceux quon vantait le plus me satisfirent le moins, et ceux dont on navait aucune opinion, je les trouvai beaucoup plus près de la sagesse. Mais il faut achever de vous raconter mes courses et les travaux que jentrepris pour massurer de la vérité de loracle. Après les politiques, je madressai [22b] aux poètes, tant à ceux qui font des tragédies quaux poètes dithyrambiques et autres, ne doutant point que je ne prisse là sur le fait mon ignorance et leur supériorité. Prenant ceux de leurs ouvrages qui me paraissaient travaillés avec le plus de soin, je leur demandai ce quils avaient voulu dire, désirant minstruire dans leur entretien. Jai honte, Athéniens, de vous dire la vérité ; mais il faut pourtant vous la dire. De tous ceux qui étaient là présents, il ny en avait presque pas un qui ne fut capable de rendre compte de ces poèmes mieux que ceux qui les avaient faits. Je reconnus donc bientôt que ce nest pas la raison qui, dirige le poète, mais une sorte dinspiration naturelle, [22c] un enthousiasme semblable à celui qui transporte le prophète et le devin, qui disent tous de fort belles choses, mais sans rien comprendre à ce quils disent. Les poètes me parurent dans le même cas, et je maperçus en même temps quà cause de leur talent pour la poésie, ils se croyaient sur tout le reste les plus sages des hommes ; ce quils nétaient en aucune manière. Je les quittai donc, persuadé que jétais au dessus deux, par le même endroit qui mavait mis au dessus des politiques.
[22d] Des poètes, je passai aux artistes. Javais la conscience de nentendre rien aux arts, et jétais bien persuadé que les artistes possédaient mille secrets admirables, en quoi je ne me trompais point. Ils savaient bien des choses que jignorais ; et en cela ils étaient beaucoup plus habiles que moi. Mais, Athéniens, les plus habiles me parurent tomber dans les mêmes défauts que les poètes ; il ny en avait pas un qui, parce quil excellait, dans son art, ne crut très bien savoir les choses les plus importantes, et cette folle présomption [22e] gâtait leur habileté ; de sorte que, me mettant à la place de loracle, et me demandant à moi-même lequel jaimerais mieux ou dêtre tel que je suis, sans leur habileté et aussi sans leur ignorance ; ou davoir leurs avantages avec leurs défauts ; je me répondis à moi-même et à loracle : jaime mieux être comme je suis. Ce sont ces recherches, Athéniens, qui ont excité contre [23a] moi tant dinimitiés dangereuses ; de là toutes les calomnies répandues sur mon compte, et ma réputation de sage ; car tous ceux qui mentendent croient que je sais toutes les choses sur lesquelles je démasque lignorance des autres. Mais, Athéniens, la vérité est quApollon seul est sage, et quil a voulu dire seulement, par son oracle, que toute la sagesse humaine nest pas grand-chose, ou même quelle nest rien ; et il est évident que loracle ne parle pas ici de moi, mais quil sest servi de mon nom comme dun [23b] exemple, et comme sil eût dit à tous les hommes : le plus sage dentre vous, cest celui qui, comme Socrate, reconnaît que sa sagesse nest rien. Convaincu de cette vérité, pour men assurer encore davantage, et pour obéir au dieu, je continue ces recherches, et vais examinant tous ceux de nos concitoyens et des étrangers, en qui jespère trouver la vraie sagesse ; et quand je ne ly trouve point, je sers dinterprète à loracle, en leur faisant voir quils ne sont point sages. Cela moccupe si fort, que je nai pas eu le temps dêtre un peu utile à la république, ni à ma [23c] famille ; et mon dévouement au service du dieu ma mis dans une gêne extrême. Dailleurs, beaucoup de jeunes gens, qui ont du loisir, et qui appartiennent à de riches familles, sattachent à moi, et prennent un grand plaisir à voir de quelle manière jéprouve les hommes ; eux-mêmes ensuite tâchent de mimiter, et se mettent à éprouver ceux quils rencontrent ; et je ne doute pas quils ne trouvent une abondante moisson ; car il ne manque pas de gens qui croient tout savoir, quoiquils ne sachent rien, ou très peu de chose. Tous ceux quils convainquent ainsi dignorance sen prennent à moi, et non pas à eux, et vont disant quil y a un certain Socrate, [23d] qui est une vraie peste pour les jeunes gens ; et quand on leur demande ce que fait ce Socrate, ou ce quil enseigne, ils nen savent rien ; mais, pour ne pas demeurer court, ils mettent en avant ces accusations banales quon fait ordinairement aux philosophes, quil recherche ce qui se passe dans le ciel et sous la terre ; quil ne croit point aux dieux, et quil rend bonnes les plus mauvaises causes ; car ils nosent dire ce qui en est, que Socrate les prend sur le fait, et montre quils [23e] font semblant de savoir, quoiquils ne sachent rien. Intrigants, actifs et nombreux, parlant de moi daprès un plan concerté et avec une éloquence fort capable de séduire, ils vous ont depuis longtemps rempli les oreilles des bruits les plus perfides, et poursuivent sans relâche leur système de calomnie. Aujourdhui ils me détachent Mélitus, Anytus et Lycon. [24a] Mélitus représente les poètes ; Anytus, les politiques et les artistes ; Lycon, les orateurs. Cest pourquoi, comme je le disais au commencement, je regarderais comme un miracle, si, en aussi peu de temps, je pouvais détruire une calomnie qui a déjà de vieilles racines dans vos esprits.
Vous avez entendu, Athéniens, la vérité toute pure ; je ne vous cache et ne vous déguise rien, quoique je nignore pas que tout ce que je dis ne fait quenvenimer la plaie ; et cest cela même qui prouve que je dis la vérité, et que [24b] je ne me suis pas trompé sur la source de ces calomnies : et vous vous en convaincrez aisément, si vous voulez vous donner la peine dapprofondir cette affaire, ou maintenant ou plus tard.
Voilà contre mes premiers accusateurs une apologie suffisante ; venons présentement aux derniers, et tâchons de répondre à Mélitus, cet homme de bien, si attaché à sa patrie, à ce quil assure. Reprenons cette dernière accusation comme nous avons fait la première ; voici à peu près comme elle est conçue : Socrate est coupable, en ce quil corrompt les jeunes gens, ne reconnaît pas la religion de lEtat, et met à [24c] la place des extravagances démoniaques. Voilà laccusation ; examinons-en tous les chefs lun après lautre.
Il dit que je suis coupable, en ce que je corromps les jeunes gens. Et moi, Athéniens, je dis que cest Mélitus qui est coupable, en ce quil se fait un jeu des choses sérieuses, et, de gaieté de cur, appelle les gens en justice pour faire semblant de se soucier beaucoup de choses dont il ne sest jamais mis en peine ; et je men vais vous le prouver. Viens ici, Mélitus ; dis-moi : y a-t-il rien que tu aies tant à cur que de rendre les [24d] jeunes gens aussi vertueux quils peuvent lêtre ?
Mélitus
Non, sans doute.
Socrate
Eh bien donc, dis à nos juges qui est-ce qui est capable de rendre les jeunes gens meilleurs ? Car il ne faut pas douter que tu ne le saches, puisque cela toccupe si fort. En effet, puisque tu as découvert celui qui les corrompt, et que tu las dénoncé devant ce tribunal, il faut que tu dises qui est celui qui peut les rendre meilleurs. Parle, Mélitus... tu vois que tu es interdit, et ne sais que répondre : cela ne te semble-t-il pas honteux, et nest-ce pas une preuve certaine que tu ne tes jamais soucié de léducation de la jeunesse ? Mais, encore une fois, digne Mélitus, dis-nous qui peut rendre les jeunes gens meilleurs ?
Mélitus
[24e] Les lois.
Socrate
Ce nest pas là, excellent Mélitus, ce que je te demande. Je te demande qui est-ce ? Quel est lhomme ? Il est bien sûr que la première chose quil faut que cet homme sache, ce sont les lois.
Mélitus
Ceux que tu vois ici, Socrate ; les juges.
Socrate
Comment dis-tu, Mélitus ? Ces juges sont capables dinstruire les jeunes gens, et de les rendre meilleurs ?
Mélitus
Certainement.
Socrate
Sont-ce tous ces juges, ou y en a-t-il parmi eux qui le puissent, et dautres qui ne le puissent pas ?
Mélitus
Tous.
Socrate
A merveille, par Junon ; tu nous as trouvé un grand nombre de bons précepteurs. Mais poursuivons ; et tous ces citoyens qui nous écoutent, peuvent-ils aussi rendre les jeunes [25a] gens meilleurs, ou ne le peuvent-ils pas ?
Mélitus
Ils le peuvent aussi.
Socrate
Et les sénateurs ?
Mélitus
Les sénateurs aussi.
Socrate
Mais, mon cher Mélitus, tous ceux qui assistent aux assemblées du peuple ne pourraient-ils donc pas corrompre la jeunesse, ou sont-ils aussi tous capables de la rendre vertueuse ?
Mélitus
Ils en sont tous capables.
Socrate Ainsi, selon toi, tous les Athéniens peuvent être utiles à la jeunesse, hors moi ; il ny a que moi qui la corrompe : nest-ce pas là ce que tu dis ?
Mélitus
Cest cela même.
Socrate
En vérité, il faut que jaie bien du malheur ; mais continue de me répondre. Te paraît-il quil en soit de même des chevaux ? Tous les hommes [25b] peuvent-ils les rendre meilleurs, et ny en a-t-il quun seul qui ait le secret de les gâter ? Ou est-ce tout le contraire ? Ny a-t-il quun seul homme, ou un bien petit nombre, savoir les écuyers, qui soient capables de les dresser ? Et les autres hommes, sils veulent les monter et sen servir, ne les gâtent-ils pas ? Nen est-il pas de-même de tous les animaux ? Oui, sans doute, soit quAnytus et toi, vous en conveniez ou que vous nen conveniez point ; et, en vérité, ce serait un grand bonheur pour la jeunesse, quil ny eût [25c] quun seul homme qui pût la corrompre, et que tous les autres pussent la rendre vertueuse. Mais tu as suffisamment prouvé, Mélitus, que léducation de la jeunesse ne ta jamais fort inquiété ; et tes discours viennent de faire paraître clairement que tu ne tes jamais occupé de la chose même pour laquelle tu me poursuis.
Dailleurs, je ten prie, au nom de Jupiter, Mélitus, réponds à ceci : lequel est le plus avantageux, dhabiter avec des gens de bien, ou dhabiter avec des méchants ? Réponds-moi, mon ami ; car je ne te demande rien de difficile. Nest-il pas vrai que les méchants font toujours quelque mal à ceux qui les fréquentent, et que les bons font toujours quelque bien à ceux qui vivent avec eux ?
Mélitus
Sans doute.
Socrate
[25d] Y a-t-il donc quelquun qui aime mieux recevoir du préjudice de la part de ceux quil fréquente, que den recevoir de lutilité ? Réponds-moi, Mélitus ; car la loi ordonne de répondre. Y a-t-il quelquun qui aime mieux recevoir du mal que du bien ?
Mélitus
Non, il ny a personne.
Socrate
Mais voyons, quand tu maccuses de corrompre la jeunesse, et de la rendre plus méchante, dis-tu que je la corromps à dessein, ou sans le vouloir ?
Mélitus
A dessein.
Socrate
Quoi donc ! Mélitus, à ton âge, ta sagesse surpasse-t-elle de si loin la mienne à lâge ou je suis parvenu, que tu saches fort bien que les méchants fassent toujours du mal à ceux qui [25e] les fréquentent et que les bons leur font du bien, et que moi je sois assez ignorant pour ne savoir pas quen rendant méchant quelquun de ceux qui ont avec moi un commerce habituel, je mexpose à en recevoir du mal, et pour ne pas laisser malgré cela de mattirer ce mal, le voulant et le sachant ? En cela, Mélitus, je ne te crois point, et je ne pense pas quil y ait un homme au monde qui puisse te croire. Il faut de deux choses lune, ou que je ne corrompe pas les [26a] jeunes gens ; ou, si je les corromps, que ce soit malgré moi, et sans le savoir : et, dans tous les cas, tu es un imposteur. Si cest malgré moi que je corromps la jeunesse, la loi ne veut pas quon appelle en justice pour des fautes involontaires ; mais elle veut quon prenne en particulier ceux qui les commettent, et quon les instruise ; car il est bien sûr quétant instruit, je cesserai de faire ce que je fais malgré moi : mais tu ten es bien gardé ; tu nas pas voulu me voir et minstruire, et tu me traduis devant ce tribunal, où la loi veut quon cite ceux qui ont mérité des punitions, et non pas ceux qui nont besoin que de remontrances. Ainsi, Athéniens, voilà une [26b] preuve bien évidente de ce que je vous disais, que Mélitus ne sest jamais mis en peine de toutes ces choses-là, et quil ny a jamais pensé. Cependant, voyons ; dis-nous comment je corromps les jeunes gens : nest-ce pas, selon ta dénonciation écrite, en leur apprenant à ne pas reconnaître les dieux que reconnaît la patrie, et en leur enseignant des extravagances sur les démons ? Nest-ce pas là ce que tu dis ?
Mélitus
Précisément.
Socrate
Mélitus, au nom de ces mêmes dieux dont il sagit maintenant, explique-toi dune manière un [26c] peu plus claire, et pour moi et pour ces juges ; car je ne comprends pas si tu maccuses denseigner quil y a bien des dieux (et dans ce cas, si je crois quil y a des dieux, je ne suis donc pas entièrement athée, et ce nest pas là en quoi je suis coupable), mais des dieux qui ne sont pas ceux de lEtat : est-ce là de quoi tu maccuses ? ou bien maccuses-tu de nadmettre aucun dieu, et denseigner aux autres à nen reconnaître aucun ?
Mélitus
[26d] Je taccuse de ne reconnaître aucun dieu.
Socrate
O merveilleux Mélitus ! pourquoi dis-tu cela ? Quoi ! je ne crois pas, comme les autres hommes, que le soleil et la lune sont des Dieux ?
Mélitus
Non, par Jupiter, Athéniens, il ne le croit pas ; car il dit que le soleil est une pierre, et la lune une terre.
Socrate
Tu crois accuser Anaxagore, mon cher Mélitus, et tu méprises assez nos juges, tu les crois assez ignorants pour penser quils ne savent pas que les livres dAnaxagore de Clazomènes sont pleins de pareilles assertions. Dailleurs, les jeunes gens viendraient-ils chercher auprès de moi avec tant dempressement une doctrine quils pourraient aller à tout moment entendre débiter à [26e] lorchestre, pour une drachme tout au plus, et qui leur donnerait une belle occasion de se moquer de Socrate, sil sattribuait ainsi des opinions qui ne sont pas à lui, et qui sont si étranges et si absurdes ? Mais dis-moi, au nom de Jupiter, prétends-tu que je ne reconnais aucun dieu ?
Mélitus
Oui, par Jupiter, tu nen reconnais aucun.
Socrate
En vérité, Mélitus, tu dis là des choses incroyables, et auxquelles toi-même, à ce quil me semble, tu ne crois pas. Pour moi, Athéniens, il me paraît que Mélitus est un impertinent, qui na intenté cette accusation que pour minsulter, et par une audace de jeune homme ; il est venu ici [27a] pour me tenter, en proposant une énigme, et disant en lui-même : voyons si Socrate, cet homme qui, passe pour si sage, reconnaîtra que je me moque, et que je dis des choses qui se contredisent, ou si je le tromperai, lui et tous les auditeurs. En effet, il paraît entièrement se contredire dans son accusation ; cest comme sil disait : Socrate est coupable en ce quil ne reconnaît pas de dieux, et en ce quil reconnaît des dieux ; vraiment cest là se moquer. Suivez-moi, je vous en prie, Athéniens, et examinez avec moi en quoi je pense quil se contredit. Réponds, [27b] Mélitus ; et vous, juges, comme je vous en ai conjurés au commencement, souffrez que je parle ici à ma manière ordinaire. Dis, Mélitus ; y a-t-il quelquun dans le monde qui croie quil y ait des choses humaines, et qui ne croie pas quil y ait des hommes ? Juges, ordonnez quil réponde et quil ne fasse pas tant de bruit. Y a-t-il quelquun qui croie quil y a des règles pour dresser les chevaux, et quil ny a pas de chevaux ? des airs de flûte, et point de joueurs de flûte ? Il ny a personne, excellent Mélitus. Cest moi qui te le dis, puisque tu ne veux pas répondre, et qui le dis à toute lassemblée. Mais réponds à ceci : Y a-t-il quelquun qui admette quelque chose relatif aux démons, et qui croie [27c] pourtant quil ny a point de démons ?
Mélitus
Non, sans doute.
Socrate
Que tu mobliges de répondre enfin, et à grand-peine, quand les juges ty forcent ! Ainsi tu conviens que jadmets et que jenseigne quelque chose sur les démons : que mon opinion soit nouvelle ou soit ancienne, toujours est-il, daprès toi-même, que jadmets quelque chose sur les démons ; et tu las juré dans ton accusation. Mais si jadmets quelque chose sur les démons, il faut nécessairement que jadmette des démons ; nest-ce pas ? Oui, sans doute ; car je prends ton silence pour un consentement. Or, ne regardons-nous [27d] pas les démons comme des dieux, ou des enfants des dieux ? En conviens-tu, oui ou non ?
Mélitus 9- PLATON
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TOUT SUR PLATON
Ajouté le 17/6/2008
1 Le texte suivant est tiré de Perspectives : revue trimestrielle déducation comparée (Paris, UNESCO : Bureau international déducation), vol. XXIV, n° 1-2, 1994, p. 339-348. ©UNESCO : Bureau international déducation, 2000 Ce document peut être reproduit librement, à condition den mentionner la source. PLATON (-428/-348) Charles Hummel1 Platon naquit en 428 av. J.C., cest-à-dire vers la fin de cette période extraordinaire de lhumanité où les fondements de la spiritualité furent conçus par Lao-Tseu (fin VIe-début Ve siècle avant J.-C.), Confucius2 (v. 551-497 av. J.-C.), Bouddha (v.550-480 av. J.-C.), Socrate (v. 469-399 av. J.-C.), et où furent rédigés les Upanishads ou « Traités des équivalences » (fin Ve-début IVe siècle av. J.- C.). Il était issu dune famille de la plus haute aristocratie dAthènes. Les origines de son père remontent à Codrus, dernier roi dAthènes. Un ancêtre de sa mère était un frère de Solon, le grand homme dÉtat et le législateur dAthènes. Un de ses oncles, Critias, devait devenir un membre du Conseil des Trente. Platon aurait donc été prédestiné à jouer un rôle actif dans la politique dAthènes. Il dit dans sa VIIe Lettre pourquoi il y renonça. En revanche, il élabora la plus importante théorie politique de lAntiquité et fonda ainsi les sciences politiques. Lorsque Platon vit le jour, Périclès, ami de la famille, venait de mourir. Cétait lui qui avait porté Athènes au sommet du pouvoir, de la richesse et de la culture. Parmi les grands tragédiens, Sophocle et Euripide enthousiasmaient le public. Le jeune Platon les a certainement rencontrés. Mais Platon devait devenir un témoin de la décadence de cette Athènes qui lui était chère. Dans sa jeunesse, il vécut probablement comme soldat la défaite de sa ville dans la Guerre du Péloponnèse et le déclin de la démocratie athénienne qui sensuivit. Le crépuscule de la Grèce classique sannonçait et, avec elle, la disparition des Cités grecques indépendantes remplacées par lempire dAlexandre. Platon vivait donc dans cette période de transition entre la Grèce classique et lHellénisme qui inaugurait un nouveau chapitre dans lhistoire de lOccident. La vie Le jeune Platon a sans doute suivi lenseignement normal des garçons de son âge. Il a fréquenté, accompagné par un esclave (désigné comme "pédagogue"), une des écoles privées dAthènes (aucune école publique nexistait de son temps), où il apprit à lire, écrire et calculer. Il apprit ensuite une grande partie de la poésie grecque par coeur, surtout les oeuvres dHomère, considéré par les Grecs comme léducateur par excellence. Il apprit aussi à chanter et à jouer de la cithare, car cest ainsi comme il le décrit dans le Protagoras que le rythme et lharmonie deviennent familiers à lâme des enfants, afin de rendre ceux-ci plus civilisés, plus heureusement réglés dans leurs mouvements, plus heureusement équilibrés." (Prot. 326 b)3. Bien sûr, Platon fréquentait aussi le gymnase pour des exercices physiques, car "cest chez le maître de gymnastique que lenfant est [¼] envoyé [¼] afin quil ait un corps en meilleure condition à mettre au service des desseins honorables de son esprit, et que sa misère physique ne le contraigne pas à fuir lâchement les risques de la guerre ..." (Prot. b-c). Ajoutons que la soeur de Platon ne fréquentait aucune école ; son éducation se faisait, selon lusage de son temps, uniquement à la maison. Lévénement décisif dans la vie du jeune Platon fut sa rencontre avec Socrate. A lâge de vingt ans, le jeune et riche aristocrate devint le disciple le plus fidèle de Socrate, fils dun tailleur de pierre et dune sage-femme. Platon resta avec Socrate jusquà ce que celui-ci fut condamné à mort et exécuté par la démocratie athénienne (-399). Une blessure qui jamais ne se cicatrisa et renforça 2 en lui une attitude critique envers la démocratie. Les pages que Platon a consacrées à l "Apologie de Socrate" et aux derniers moments de sa vie font partie des textes littéraires les plus émouvants de la littérature universelle. Après la mort de Socrate, Platon quitta Athènes pour de longs voyages qui le conduisirent dabord à Mégare, chez Euclide (le philosophe, pas le mathématicien), et ensuite presque certainement en Egypte et à Cyrène, sur la côte de lactuelle Libye. Il se rendit aussi dans la Grande Grèce, au sud de lItalie, où il fréquenta des milieux pythagoriciens, notamment auprès dArchytas à Tarente. De la, il se rendit à la cour de Denys, le tyran de Syracuse, en Sicile, qui aimait sentourer de personnalités célèbres afin de rehausser son propre prestige. Platon y présenta des vues sur les rois qui devraient être philosophes et consacrer leur vie, non aux intérêts et au pouvoir personnels, mais aux plus haute valeurs morales. Le résultat fut un échec total. Après douze ans de voyages, Platon revient à Athènes ou il fonda lAcadémie. Pendant son séjour à Syracuse, Platon sétait lié damitié avec Dion, le beau-frère de Denys, qui lui semblait prédestiné à devenir philosophe. Après la mort de Denys, Dion rappela Platon à Syracuse pour quil devienne le précepteur du second Denys. A nouveau, Platon espéra pouvoir mettre en pratique ses idées sur le rôle de léducation et de la philosophie dans la politique. Il se rendit don à Syracuse, y fut très bien reçu et entreprit léducation de second Denys par lenseignement des mathématiques, voie royale vers la philosophie. Dans sa biographie de Dion, Plutarque raconte comment toute la cour de Syracuse se mit à la géométrie, répandant de la sciure dans toutes les pièces du château-fort du tyran pour y dessiner des triangles, des cercles, etc. ... Mais le second Denys était un élève peu doué et se lassa rapidement des efforts pédagogiques de son austère professeur. Il était en outre jaloux de Dion quil exila. Platon reprit le chemin dAthènes et la direction de lAcadémie. En -361, il se laissa, pour une troisième fois, attirer à Syracuse. Le résultat ne fut pas meilleur. Une fois encore, Platon se trouva humilié. Ce ne fut que grâce à lintervention dArchytas quil réussit à retourner à Athènes. Il y meurt en -347, à lâge de 81 ans. Loeuvre Loeuvre de Platon nous est parvenue pratiquement intacte. Il sagit de vingt-huit Dialogues ainsi que de treize autres dont lauthenticité est plus ou moins douteuse. Il existe, en outre, treize Lettres, dont trois (VI, VII et VIII) sont généralement reconnues comme étant de la main de Platon. Les Dialogues de Platon couvrent un très large éventail de thèmes : le devoir, le courage, la vertu, la justice, lamour, la beauté, la science, la nature, la rhétorique, la concordance des mots avec lêtre et avec les idées, la nature de lhomme, la sagesse, la royauté, la législation, etc. A une seule exception exception de taille, car il sagit des Lois, sa dernière oeuvre, qui expose en détail ses idées sur la politique éducative Socrate est directement ou indirectement un des protagonistes des Dialogues. Cest un phénomène unique quun disciple se soit si intimement identifié à son maître au point den faire son propre porte-parole. Il est extrêmement difficile de tracer une ligne de démarcation entre les idées de Socrate et celles de Platon. Les philosophes se sont appliqués à le faire en groupant les Dialogues de Platon en plusieurs catégories, des plus socratiques à ceux qui, se démarquant de manière évidente de la pensée du Socrate historique, seraient exclusivement platoniciens. Nous ne pouvons pas, ici, entrer dans ces subtilités de philologues, et nous intégrerons le Socrate tel quil apparaît de manière si vivante dans les Dialogues de Platon, au "profil" de celuici. Cest dailleurs en tant quéducateur que Platon se confond le plus intimement avec son maître. Socrate apparaît dans loeuvre de Platon comme la personnification de léducateur, même sil nie être enseignant. De ce fait, la plupart, sinon tous ses Dialogues, répondent à un objectif essentiellement éducatif : toute loeuvre est au service de la paideia. 3 Platon est un penseur extrêmement sérieux, moraliste austère, condamnant les plaisirs les plus innocents jusquaux éclats de rire (R., 388e et L., 732c). En même temps, cest un écrivain aux qualités littéraires exceptionnelles, caractérisant ses personnages avec une économie de traits précis, à la manière des grands peintres chinois, créant en quelques phrases un atmosphère aussi vivante que réaliste, souvent maître dune ironie et dune subtilité inégalables. Mais par ailleurs, on peut trouver dans ses Dialogues de longs passages dune dialectique ardue, parfois formaliste, pointilleuse et, avouons-le, franchement fastidieuse. Les écrits de Platon on eu une influence décisive sur toute la philosophie, voire sur lensemble de la culture occidentale, que lon peut considérer comme une longue série de dialogues avec Platon ou, selon le grand philosophe américain A.N. Whitehead, comme "une série de notes en marge de Platon". La philosophie Pour comprendre Platon, pour pénétrer sa pensée, il est nécessaire dêtre clairement conscient du fait que sa philosophie nest en aucune manière, une doctrine. Platon na pas érigé un système philosophique comme la fait Hegel, par exemple. Ce qui détermine la philosophie de Platon, cest le cheminement de sa pensée, le mouvement de sa réflexion, cest ce quil appelle la dialectique, qui nest pas une réflexion solitaire et, de ce fait, unilatérale ; il sagit bien plutôt dun cheminement collectif, entre amis comme dans le Banquet ou entre antagonistes comme dans Gorgias. De surcroît, les Dialogues de Platon, qui ont souvent pour thème lélucidation dun concept le beau, le devoir, lamour, la justice, le plaisir, etc. ne se terminent pas dordinaire par une conclusion définitive ou une formule acceptée par tous. La question posée au départ reste ouverte. Ainsi Protagoras se termine par le constat : "Pour ce qui est de ces problèmes [que nous venons dexaminer], nous les discuterons, si tu veux bien, une autre fois ..." (Prot. 361 e). Dans sa VIIe Lettre, Platon résume cette position : "Il y a pourtant une chose au moins que je suis à même de dire, concernant tous ceux qui ont écrit ou qui écriront, tous ces gens qui affirment avoir connaissance des questions auxquelles je mapplique ; ... il nest pas possible à ces gens-là, telle est du moins mon opinion, de rien entendre à ce dont il sagit. Là-dessus, en tout cas, il nexiste pas décrit qui soit de moi, et il nen existera jamais non plus : effectivement, ce nest pas un savoir qui, à lexemple des autres, puisse aucunement se formuler en propositions ; mais, le résultat de létablissement, résultat dun commerce répété avec ce qui est la matière même de ce savoir, résultat dune existence quon partage avec elle, soudainement, comme sallume une lumière lorsque bondit la flamme, ce savoir se produit dans lâme et, désormais, il sy nourrit tout seul luimême." (341 b-d). A cette éclosion soudaine du savoir, telle une vision, le lecteur attentif des Dialogues de Platon se trouve associé. Nous devons toutefois ajouter à ce texte (si peu encourageant pour qui disserte sur Platon!) que vers la fin de la vie du philosophe, apparaît une teinte de dogmatisme qui nous donne tout à coup limpression dentendre un discours "ex cathedra" du professeur de lAcadémie. Platon analysait inlassablement les conditions et les limites du savoir face à un monde insaisissable parce que constamment en mouvement. Pour lui, les hommes (à lexception des vrais philosophes) vivent dans lillusion du réel. Cest pourquoi le Socrate de ses Dialogues ne cesse de démontrer à ses interlocuteurs combien leurs connaissances sont illusoires, parce que nétant que des opinions mal fondées ou des préjugés. Cest ainsi que dans Lachès, pour ne citer quun exemple parmi tant dautres, deux généraux éminents doivent reconnaître quils ignorent ce quest le courage. Dune part, animé par la certitude de labsolu, il explorait la condition humaine dans ses relations avec les valeurs suprêmes du beau, du vrai et du bien. Dautre part, obsédé par lexpérience du déclin dAthènes et convaincu que tout changement porte en soi des germes de 4 décadence, il est à la recherche de limmuable, seul garant des valeurs absolues. Cest dans le concept des "Idées", dont le fameux mythe de la caverne (R., 514a-517a) donne une illustration captivante, quil pense avoir découvert cette réalité incorruptible qui constitue pour lui le fondement de lêtre. Ce nest que par une éducation appropriée et en philosophant que lhomme peut réussir à se libérer des chaînes de ses sens, de ses désirs, de ses ambitions (tels la richesse et le pouvoir) et de ses passions et quil peut accéder, progressivement, déchelon en échelon, au vrai savoir et finalement à la vision de lAgathon, le Bien suprême. La pensée de Platon est centrée sur lhomme, notamment sur les problèmes éthiques auxquels celui-ci doit faire face. Les question du juste, de la justice et de la place de lindividu dans la société, cest-à-dire dans la polis, létat-cité grec, font partie de cette problématique éthique qui le préoccupe au plus haut point. Comme plus tard pour son élève Aristote, lhomme est pour Platon un animal politique. Il a consacré deux de ses oeuvres les plus importantes La République et Les Lois à la politique dont la morale est une dimension essentielle. Au fil de ses analyses de lhomme, Platon développe une nouvelle science de lâme. Cette psychologie (autre science quil inaugurait) peut sembler au lecteur moderne quelque peu naïve et élémentaire. Elle présente néanmoins des traits intéressants. Par exemple, lorsquil est question des maux de tête du jeune Charmide dans le Dialogue du même nom : "Cest dans lâme, en effet, que pour le corps et pour tout lhomme les maux et les biens ont leur point de départ" (Charm. 156 e). Il est essentiel pour le destin de lhomme que celui-ci prenne soin de son âme. Ce nest pas par hasard que Socrate demande au jeune Hippocrate, qui a lintention de confier son éducation à Protagoras le Sophiste : "[es-tu conscient que] ton âme à toi, tu vas la donner à soigner à un homme qui est, dis-tu, un sophiste. Or, ce que peut bien être un sophiste, je serais fort surpris si tu le savais! Et pourtant, si cela tu lignores, tu ne sais pas non plus à qui tu confies ton âme, ni si cest à quelque chose de bien, ni si cest à quelque chose de mal." (Prot. 312 c). Signalons enfin quavec ses thèses sur limmortalité de lâme, Platon a aussi abordé le domaine du religieux. Lanti-sophiste Le modèle idéal de léducateur platonicien est lantithèse du sophiste. Nombreux sont les passages dans loeuvre de Platon où Socrate critique les sophistes ou controverse avec eux. Cest, selon la formule de Karl Jaspers, "la lutte de la philosophie contre la non-philosophie". Les sophistes sont, au temps de Platon, des professeurs itinérants de lenseignement supérieur. Ils louent des salles et y donnent des cours contre rémunération (souvent très substantielle) aux fils de laristocratie qui, à lâge denviron seize ans, ont terminé leurs études élémentaires dans les écoles privées. Platon a luimême presque certainement suivi des cours de sophistes célèbres, tels Gorgias ou Protagoras. Les sophistes traitaient des sujets les plus divers. Mais ils sont surtout connus pour leur enseignement de la rhétorique, de lart de parler et de persuader, de lart de manipuler les masses. Lart oratoire, explique Gorgias dans le Dialogue qui porte son nom, "cest la capacité de persuader, aussi bien les juges au tribunal quau Conseil les membres du Conseil et les membres de lAssemblée à lAssemblée", que dans toute autre réunion qui sera réunion politique" (Gorg. 452 e). Et le fameux Protagoras déclare, plein de fierté : "[lobjet de mon enseignement cest] comment administrer au mieux les affaires de sa maison, et, pour ce qui est des affaires de lÉtat, savoir comment y avoir le plus de puissance, et par laction, et par la parole." (Prot. 319 a). Dans Le Sophiste, Platon dresse son grand réquisitoire contre les sophistes. Il le fait en développant sa critique comme une sorte de contrepoint à un discours magistral sur lÊtre. Ainsi élarge-t-il labîme qui sépare la vraie philosophie de la non-philosophie. Voici le portrait, peu complaisant, du sophiste : "il est un chasseur salarié dune jeunesse riche ; un trafiquant des connaissances qui se 5 rapportent à lâme ; un marchand au détail eu égard à ces mêmes articles ; un athlète en paroles ; un controversiste ; il fait naître dans la jeunesse lopinion quil est, personnellement, sur toutes les choses, le plus savant des hommes ; il est un sorcier, un imitateur qui sest réservé pour sa part la portion verbale de lillusionnisme ..." (Soph. 231 d, 232 b, 268 c). En revanche, le philosophe est "toujours placé par ses réflexions au contact de la nature de lEtre, [et] sil nest pas du tout facile à voir, cest ... en raison de léclatante lumière de la région où il réside ; car la multitude est incapable de soutenir avec fermeté, par les yeux de lâme, une vision qui se porte dans la direction du Divin." (Soph. 254 a-b). Ce qui ressort, entre autres, de ces textes sur les sophistes, cest ce profond sens de la responsabilité morale que Platon exige de léducateur authentique. Cest de lui que dépendent la santé et le destin de lâme de son élève. Cest lui qui doit protéger son disciple contre les pseudoconnaissances et le guider sur le chemin de la vérité et de la vertu. Il ne doit être, en aucune manière, un simple colporteur darticles détudes et de recettes pour gagner des procès ni pour faire carrière. Nest-ce pas un terrible ironie de lhistoire que les citoyens dAthènes aient précisément, par un vote démocratique, condamné à mort Socrate, sous le prétexte quil était un sophiste et quil corrompait la jeunesse? La pédagogie socratique Socrate est considéré comme léducateur par excellence. Cela se reflète dès le Lachès, où deux généraux réputés sont à la recherche dun éducateur pour leurs fils. Et Werner Jaeger, dans Paideia, oeuvre classique sur léducation dans lAntiquité , considère Socrate comme le plus puissant éducateur de toute lhistoire de lOccident. Seul Socrate prétend le contraire, comme par exemple dans LApologie : "... que jentreprenne de faire léducation des gens et que jexige de largent pour cela : voilà encore qui nest pas exact! ... A la vérité, cest pourtant une belle chose, à mon sens, dêtre capable, éventuellement, de faire léducation des gens comme le font Gorgias de Léontion, Prodicos de Céos, Hippias dElis." (Apol., 19c, e). Doù vient ce paradoxe? Socrate nadmet pas dêtre pris pour un enseignant du genre sophiste. Selon lui, il faut savoir pour être en mesure denseigner. Pour apprendre à quelquun lart du cordonnier, il faut savoir faire des souliers ; pour former un médecin, il faut connaître les maladies et savoir les guérir. Or, Socrate, en vrai philosophe, ne prétend pas posséder le savoir, il est conscient de ce quil ne sait pas, car il est constamment en quête du savoir ; au lieu que les autres le sophistes, les gens dans la rue avec lesquels il engage des discussions et quil "examine" vivent dans lillusion du savoir. Et cest cette illusion quil sefforce de mettre à nu. Car cest par cela que commence lapprentissage de la vie juste, qui se réalise dans lharmonie de lhomme avec son destin ultime qui est dordre moral et politique. Dans le prologue du Banquet, il est une scène charmante et significative pour la pédagogie socratique. Socrate arrive en retard pour sêtre arrêté en route, "lesprit appliqué à des pensées intérieures" (Banq. 174 c), ainsi quil lui arrivait parfois. Agathon, lhôte, linvite à sasseoir auprès de lui, "afin que, à ton contact, je me régale, moi aussi, de la trouvaille de sagesse qui sest offerte à toi sous le porche des voisins!" Sur quoi, Socrate répond à Agathon : "Quelle bonne affaire ce serait, Agathon, si la sagesse était chose de telle sorte que de celui de nous qui en est le plus plein, elle coulât dans celui qui en est plus vide, à condition que nous soyons en contact lun avec lautre : comme leau que contiennent les coupes coule, par le moyen du brin de laine, de celle qui est plus pleine dans celle qui est plus vide!" (Banq. 175 d). La pédagogie socratique se démarque donc de cet enseignement traditionnel où un enseignant sefforce de transmettre ses connaissances à un élève qui doit les assimiler plus ou moins passivement. La pédagogie socratique est une pédagogie 6 active, cest la pédagogie du dialogue où éducateur et élève coopèrent à la recherche du savoir. Les deux parties sont engagées à travers un jeu de questions et de réponses dans la même quête (Platon utilise parfois limage de la chasse) du savoir. Cest là, dailleurs, une autre raison dordre méthodologique pour Socrate de ne pas vouloir être considéré comme quelquun qui possède le savoir. Cette pédagogie du dialogue caractérise lensemble de loeuvre de Platon. Le lecteur est impliqué dans les débats, en tant quobservateur actif. Platon pédagogue conduit le lecteur empêtré dans ses désirs et ses illusions, patiemment, par une critique ironique, jusquà la réflexion et lindépendance. Dans LApologie, Socrate insiste sur le fait quil est investi de son rôle éducatif par Apollon lui-même : "... cest le dieu qui ma assigné une place ... avec obligation de vivre en philosophant et en procédant à lexamen de moi-même et dautrui." (Apol., 28e). Et à lhypothèse de son acquittement sil renonçait à son rôle "dexaminateur" il répond : "Athéniens ... jobéirai au Dieu plutôt quà vous : jusquà mon dernier souffle et tant que jen serai capable, ne vous attendez pas que je cesse de philosopher, de vous adresser des recommandations, de faire voir ce qui en est à tel de vous qui, en chaque occasion, se trouvera sur mon chemin, en lui tenant le langage même que jai coutume de tenir : O le meilleur des hommes, toi qui es un Athénien, un citoyen de la ville la plus considérable, de celle qui, pour le savoir et la puissance, a le plus beau renom, tu nas pas honte davoir le souci de posséder la plus grande fortune possible, et la réputation et les honneurs, tandis que de la pensée, de la vérité, de lamélioration de ton âme, tu ne te soucies point et ny penses même pas!" (Apol., 29d, e). Cest ainsi que chez Platon se confondent Philosophie et Pédagogie. Un aspect très souvent évoqué de la pédagogie socratique est la maïeutique" ou la "pédagogie de la sage-femme". La description de cette méthode se trouve dans Ménon. Le Socrate de Platon y démontre comment "lenseignement est un ressouvenir" (Mén. 82 a) et comment léducateur doit agir en sage-femme pour faire accoucher son élève des connaissances quil porte en lui sans en être conscient. Pour démontrer cette méthode particulière, Socrate procède à une expérience pédagogique : il pose des questions à un jeune esclave de telle manière que celui-ci arrive à trouver la solution dun problème géométrique relativement compliqué (Mén. 82 b - 85 b). De cette expérience, Socrate tire ces conclusions : "Ainsi donc, chez celui qui ne sait pas, il existe, concernant telles choses quil se trouve ne pas savoir, des pensées vraies concernant ces choses mêmes quil ne sait pas ... Sans avoir reçu de personne aucun enseignement, mais plutôt en étant questionné, ... il possédera des connaissances, ayant repris de son propre fond la connaissance en soi-même ... Or, reprendre soimême une connaissance quil se donne lui-même, cest se ressouvenir ... Donc, sil doit y avoir en lui des pensées vraies, aussi bien dans le temps où il sera un être humain que dans celui où il ne laura pas été, pensées qui, une fois réveillées par linterrogation, deviennent des connaissances, son âme ne doit-elle donc pas avoir appris dans le temps de toujours? Car, la chose est claire, cest dans la totalité du temps quon est ou quon nest pas un être humain." (Mén. 85 c, d ; 86 a). La maïeutique présuppose une conception de limmortalité de lâme et de la métempsycose qui dépasse, sans doute, la pensée du Socrate historique. La doctrine du savoir acquis avant la naissance se trouve également développée dans Phédon (72b et suiv.) ; tandis que la maïeutique est décrite de manière détaillée, mais moins spéculative, dans Théetète (148e-151d), où il sagit peutêtre de la maïeutique du Socrate historique. Lacadémie Lorsque Platon créa lAcadémie, vers -385, il avait un peu plus de quarante ans. Il installa son institution dans une propriété avec jardin située non loin de la ville. LAcadémie est souvent considérée comme la première université de lhistoire, ce qui nest pas tout à fait exact. Elle ressemblait davantage à luniversitas médiévale quà luniversité moderne. Elle était un centre de 7 recherches et détudes mais nous en ignorons les détails dorganisation. Cétait plus une communauté scientifique quune école. Les communautés pythagoriciennes que Platon a fréquentées en Grande Grèce lont sans doute inspiré quand il créa lAcadémie. Juridiquement, elle était constituée sous forme de "thiase", cest-à-dire dune confrérie religieuse. Elle était consacrée aux Muses. Professeurs et disciples y vivaient dans une atmosphère communautaire que renforçait une pédagogie du dialogue, des discussions complétant lexposé doctrinal. Platon dirigea lAcadémie jusquà la fin de sa vie, ce qui signifie quil fut pendant une quarantaine dannées lanimateur et le principal enseignant de ce centre intellectuel de la Grèce antique. Après la mort de Platon, lAcadémie continua dexister jusquen 529 de lère chrétienne, cest-à-dire pendant près de neuf siècles. Selon une vieille tradition, une inscription au-dessus du portail de lAcadémie stipulait que des connaissances en géométrie étaient une condition pour y avoir accès. Platon sest vraisemblablement passionné pour les mathématiques lors de ses rencontres avec les pythagoriciens et notamment avec Archytas de Tarente qui était un brillant mathématicien. Lui-même mathématicien chevronné, Platon invita dautres spécialistes de cette discipline à enseigner à lAcadémie, par exemple Eudoxos, qui était mathématicien, astronome, géographe et médecin. Les sciences naturelles avaient également leur place à lAcadémie, ce que lon a tendance à oublier, tellement limage de Platon, grand maître de léthique et de la métaphysique, est ancrée dans la tradition. Le grand dialogue Timée ou De la nature porte témoignage des efforts de lAcadémie dans ces domaines et des connaissances encyclopédiques en sciences naturelles qui y avaient trouvé demeure. Nous disposons dailleurs dun fragment amusant dune comédie dEpicrates où un des personnages raconte ce quil a entendu en passant à côté du jardin de lAcadémie : "Ils essayaient de définir les différences entre la façon de vivre des animaux et la croissance des arbres et des légumes. Entre autres, il discutaient la question de savoir à quelle espèce appartenaient les potirons ...". Les sciences politiques, thème central de lAcadémie, étaient étudiées et enseignées de manière systématique. LAcadémie possédait toute une collection de textes des constitutions dun grand nombre dÉtats. Des politiciens et des hommes dÉtat y ont été formés ainsi que des spécialistes en droit constitutionnel. La liste de disciples de lAcadémie appelés comme consultants politiques ou juridiques dans des États grecs est longue et montre bien le rayonnement de celle-ci. Le rêve de Platon était de former dans son Académie ces "rois philosophes" dont il traite abondamment dans ses deux oeuvres La République et La Politique qui constituent, avec Les Lois, la moisson des études et des recherches que lAcadémie consacra aux sciences politiques. Mais cest évidemment la philosophie qui réalisait le couronnement des études de lAcadémie. La fondation de lAcadémie inaugura une époque nouvelle dans la pensée de Platon. Avec elle, il se détacha de la démarche philosophique de Socrate. Les doctrines pythagoriciennes étaient devenues pour lui une source dinspiration aussi importante que lexemple de son ancien et toujours vénéré maître. Cette orientation sannonce dans Ménon (nous lavons déjà remarqué) et Gorgias, et va saccentuant jusquaux Lois. Sauf dans cette dernière oeuvre (posthume), Socrate reste un des personnages centraux des Dialogues. Néanmoins, le ton des oeuvres devient plus doctrinal. Ceci nous paraît être non seulement un reflet de sa vie quotidienne de professeur de lAcadémie, mais aussi le signe dune affirmation consciente de son acquis philosophique. Les questions éducatives dont il soccupe changent également dorientation. Elles avaient été surtout dordre pédagogique, voire méthodologique, fortement inspirées par la figure de léducateur quétait Socrate ; elles seront désormais dordre presque exclusivement social et politique. Le centre dintérêt se déplace vers la politique de léducation. 8 La politique de léducation dans la citée idéale La politique éducative selon Platon se trouve développée" dans les deux oeuvres les plus volumineuses quil ait écrites : La République et Les Lois. Dans La République Platon imagine une cité modèle incarnant la justice. Il sagit dune sorte dutopie. (Mais pour Platon, lidéal immuable- est plus réel que les faits de ce monde qui change constamment!) Selon Rousseau, "La République de Platon ... est le plus beau traité déducation quon ait jamais fait" (Émile, Livre I). Dans Les Lois Platon élabore un projet de législation très détaillé à lintention dune ville coloniale à créer. Même si les thèmes de ces deux Dialogues paraissent presque identiques, il existe des différences considérables. Mais ces divergences concernent à peine les questions éducatives. La République constitue la théorie pure de la cité idéale, tandis que Les Lois représente lapplication pratique dans lhypothèse dun cas concret. La population de La République est divisée en trois classes bien distinctes : les esclaves qui font lobjet de dispositions particulières dans Les Lois, les artisans et commerçants (normalement des étrangers sans droit de cité) et enfin les "gardiens" responsables de la sécurité et de la gestion de la Cité. Cette dernière classe est elle-même répartie en deux catégories : les gardiens "auxiliaires" et les gardiens "parfaits" ou régents, les premiers, normalement les plus jeunes, étant responsables de la sécurité interne et externe (dont la police et larmée) et les seconds, les sages, veillant sur la bonne marche et sur lharmonie de la Cité. A la tête de la Cité se trouve un "roi-philosophe" (dont Archytas de Tarente pouvait être un exemple), idée reprise dans La Politique, mais abandonnée dans Les Lois, où un "Conseil nocturne" reprend les fonctions de la plus haute autorité. La société idéale selon Platon est une société statique comme un temple dorique, car, sagissant dune Cité idéale, tout changement ne peut quengendrer le mal, la décadence (L., 797d). Ainsi, est-elle protégée de tout ce qui crée des turbulences dans la convivialité des citoyens et engendre ainsi des changements. Les gardiens sont obligés de se consacrer entièrement au service de lÉtat. Ils nont droit ni à des richesses matérielles (créatrices de jalousies et de conflits), ni à des distractions même légères (mettant la vertu en péril), ni à des ambitions privées. Ils ont tout en commun : le logement, les repas, les femmes, les enfants. Une des tâches de léducation dans la Cité platonicienne est den assurer le statu quo. Toute innovation en est bannie. Cest léducation qui doit être le garant contre tout changement et contre toute forme de subversion, à linverse de la plupart des théories éducatives modernes. Cependant, et malgré son conservatisme foncier, Platon a eu des idées tout à fait novatrices. Ainsi proclame-t-il légalité des sexes à une époque où les femmes à lexception des courtisanes étaient reléguées au foyer. Dans la Cité platonicienne, les jeunes filles font de la gymnastique, nues comme les garçons, et elles seront appelées à faire la guerre en portant des cuirasses comme les hommes. Elles partagent, sans discrimination, léducation des garçons. Platon prévoit, en outre, léducation obligatoire pour tous, cest-à-dire pour tous les membres de la classe des gardiens, ce qui ne fut réalisé, effectivement, que bien plus tard, par la Révolution française. Cette éducation va bien au-delà dun enseignement élémentaire. En revanche, Platon névoque que très rarement la formation des artisans et des commerçants, qui se limite à un simple apprentissage. Quant aux esclaves, il sont totalement absents. En fin de compte, Platon aura été le premier à concevoir un système éducatif complet, de sa gestion jusquà un curriculum détaillé. Dans Les Lois, Platon indique comment lenseignement devrait être organisé et administré. Tout le système éducatif est dirigé par un "Ministre de léducation". "Parmi les plus éminentes magistratures de lÉtat, celle-là est de beaucoup la magistrature la plus importante". Ce ministre "assurera la surveillance de léducation tout entière, pour les filles comme pour les garçons ... [Il devrait avoir] pas moins de cinquante ans, [être] père denfants légitimes, ... garçons et filles ..." (L., 765d-e). Il a sous ses ordres des "fonctionnaires chargés de veiller au bel aménagement des gymnases et des écoles, à linstruction qui sy donne. ... 9 Ils surveilleront ce qui a rapport à la fréquentation scolaire et aux locaux pour les garçons et pour les jeunes filles ... [Dautre part] des magistrats soccupent des concours musicaux ... et des compétitions dordre physique ..." (L., 764c-d). Ces concours sont importants car ils déterminent la carrière des gardiens. Léducation des gardiens une éducation continue qui commence au stade prénatal et se poursuit jusquà lâge de la retraite est décrite en détail dans La République (notamment Livres II-V et VII) et dans Les Lois (notamment Livres I, II et VII). Toutefois, dans Les Lois, le plan détudes sarrête plus tôt. Platon ayant renoncé à lidée du roi-philosophe, il ny développe plus en détail lenseignement de la philosophie comme il la fait dans La République. Après avoir introduit le concept de "gardien", Platon poursuit : "Maintenant, comment lélèverons-nous et procéderons-nous à son éducation? Et ny a-t-il pas pour nous quelque intérêt à faire cet examen, pour apercevoir ce qui est le but où tendent tous les problèmes examinés par nous, savoir de quelle façon prennent naissance dans les sociétés politiques la justice et linjustice?" (R., 376c-d). La finalité de léducation platonicienne est donc dordre moral et politique. Il ne sagit pas dun apprentissage pour savoir faire, mais dune formation pour savoir être. Comme la beauté et la santé du corps et de lâme sont des objectifs essentiels de léducation platonicienne (voir L., 788c), cette éducation est organisée, conformément à lusage grec, suivant deux branches : gymnastique et culture3. Léducation physique commence avant la naissance. Il est recommandé aux femmes enceintes de se promener et de bouger beaucoup, car "toute secousse ou mouvement ... [communique] bonne santé, beauté et vigueur" à lenfant à naître (L., 789d). Avant lécole, léducation des enfants incombe aux parents (dans La République ils sont élevés en commun, sans connaître leurs parents!), qui devraient les traiter avec une rigueur mesurée, car "la mollesse rend le caractère de lenfant difficile et irritable, sujet à de violents mouvements dhumeur pour de faibles motifs, tandis quau contraire une servitude brutale et sauvage, en faisant deux des êtres plats, sans noblesse, misanthropes, les rend impropres à la vie sociale." (L., 791c) Lenseignement de la culture commence très tôt par les contes que les parents racontent à leurs enfants. Platon attache la plus grande importance au contenu de ces histoires, car ces premières impressions façonnent lâme encore malléable de lenfant et déterminent son caractère. Dès lors, ces contes sont soumis à la censure. Platon insiste fortement, et à maintes reprises sur la censure, qui népargne pas même Homère. Après les contes, ce sont les jeux qui doivent contribuer à la formation des enfants. "Pour devenir en quoi que ce soit un homme de mérite, on doit ... sexercer dès lenfance, aussi bien en samusant que dune manière sérieuse ... Ainsi, par exemple, pour devenir un bon constructeur de maisons, on doit ... samuser à construire quelque construction enfantine ..." (L., 643b). De trois à six ans, les jeux se feront en commun sous la surveillance de femmes désignées à cet effet. A lâge de six ans, les enfants entrent à lécole. Ils apprennent dabord à lire, à écrire et à calculer. "Pour ce qui regarde les études littéraires, lenfant, à dix ans, y consacrera trois années ; quand il aura treize ans, ce sera le bon moment pour commencer daborder létude de la lyre, étude à laquelle il passera trois autres années. Défense au père, aussi bien quà lenfant lui-même, et que ces études lui plaisent ou quil les déteste, daugmenter ou dabréger cette durée ..." (L., 809e- 810a). A côté de cette éducation littéraire et musicale, les élèves de la Cité platonicienne pratiquent toutes sortes de sports, y compris léquitation et les exercices darmes. Il importe quil existe un équilibre aussi parfait que possible entre culture et gymnastique (R., 411c et suiv.). A lâge de dix-huit ans, au terme de cette éducation de base pendant laquelle ils auront passé de nombreux concours et des examens de toutes sortes, les jeunes gens garçons et filles seront appelés, pendant deux ou trois ans, à se consacrer exclusivement à des exercices physiques et militaires, ce qui correspond à "léphébie" traditionnelle. 10 A lâge de vingt ans commencent les études supérieures pour ceux qui auront été sélectionnés pour les aborder, sur la foi de leurs performances antérieures. Cest là que le curriculum de Platon diffère fondamentalement de la tradition qui avait recours, pour cet enseignement, aux sophistes. Ce sont avant tout ces études supérieures, menant à la philosophie et, en même temps, aux plus hautes responsabilités dans la Cité, qui intéressent Platon. Elles font dailleurs lobjet de lenseignement dans son Académie. Jusquà lâge de vingt ans, lenseignement était donc obligatoire. Platon recommande toutefois "déviter de donner à lenseignement laspect dune contrainte détude ... Parce que ... il ny a point dobjet détude dont, chez un homme libre, un comportement servile doive accompagner létude ... [En plus], aucune étude forcée ne sétablit de façon permanente" (R., 536d-e). Pendant dix ans, ces études supérieures sont consacrées à une synthèse systématique des matières étudiées antérieurement : "leurs études, qui se sont faites pêle-mêle dans léducation de leur enfance, il faut les rassembler, en vue dune vision densemble des liens de famille qui unissent ces études entre elles et avec la nature du réel" (R., 537c). Cela est indispensable pour accéder à la dialectique, "car le dialecticien est celui qui a une vision densemble" (R., 537c). Cest probablement aussi à ce stade quon étudiera Les Lois comme dun manuel de sciences politiques et sociales et de droit comparé (L., 811c-d). Une importance particulière est ensuite attachée à létude des quatre sciences qui constituent la propédeutique à la philosophie : larithmétique, la géométrie, lastronomie et la science de lharmonie. Ce sont des disciplines-là qui élèvent lâme vers ce qui est immuable. Les mathématiques arithmétique et géométrie libèrent lesprit des sensations, lacclimatent au monde des concepts purs et tournent lâme vers les hauteurs des Idées. "La géométrie est connaissance de ce qui est toujours" (R., 527). Cest par elle quon apprend à manier des concepts (R., 510-511). Lastronomie initie lâme à lordre et à lharmonie immuable du cosmos. Les études harmoniques, science soeur de lastronomie, sont centrées sur la recherche et la connaissance des lois et de lordre dans le monde de louïe. Linfluence des pythagoriciens est ici évidente. Platon souligne avec insistance quil faut "éviter que ceux dont nous ferons léducation entreprennent jamais détudier incomplètement quelquune de ces matières." (R., 530e) Cest à lâge de trente ans pas avant que les étudiants de Platon commencent enfin à étudier la philosophie ou la dialectique. Ces études, ils les poursuivront pendant cinq ans. Après cela, il devront "descendre de nouveau dans la caverne" et servir pendant quinze ans dans larmée et dans ladministration, où ils seront constamment mis à lépreuve. "De ces hommes (et femmes) arrivés à la cinquantaine, ceux qui ... auront obtenu la première place en tout ..., dans lactivité pratique aussi bien que dans les sciences" parviendront à la vision du Bien ; "et quand ils auront vu le Bien en lui-même, [ils devront] se servir de ce modèle suprême pour lÉtat." (R, 540a). Puis, le reste de leur vie durant, ils se consacreront en alternance à la philosophie et aux affaires publiques. Après leur retraite, les dignitaires de lÉtat auront le loisir de se consacrer entièrement aux délices de la philosophie, ce sera leur seule récompense. La Polis de Platon est essentiellement une Cité éducative. Elle est créée par léducation. Elle ne peut durer quà condition que tous les citoyens aient bénéficié dune éducation qui les rende capables de prendre des décisions politiques raisonnables. Cest léducation qui doit conserver la Cité intacte et la défendre contre toute innovation nocive. Cest une éducation qui ne vise pas lépanouissement individuel, mais qui est entièrement au service de la Cité, garante du bonheur de ses citoyens aussi longtemps que ceux-ci lui permettent dincarner la justice. Notes 1. Charles Hummel (Suisse). Études de philosophie aux Universités de Bâle (auprès de Karl Jaspers), Rome et Zurich. Délégué permanent de la Suisse auprès de lUNESCO, 107-1987. Membre du Conseil exécutif de lUNESCO. Membre (et président) du Conseil du Bureau international déducation (BIE). Représentant de la Suisse au Conseil de la Coopération culturelle (Strasbourg). 11 Ambassadeur en Irlande (1987-1992). Auteur de Nicolas de Cuse, de léducation daujourdhui face au monde de demain et de nombreux articles sur des questions philosophiques et pédagogiques. 2. Les extraits des textes de Platon sont cités daprès la traduction de Léon Robin : Platon, OEuvres complètes, 2 vol. ; Bibliothèque de la Pléiade, Paris, Éditions Gallimard, 1950. La numérotation des pages suit, selon la coutume, lédition de Stephanus (1578). Abréviations : Apol. = LApologie de Socrate ; Banq. = Le Banquet ; Gorg. = Gorgias ; L. = Les Lois ; Lach. = Lachès ; Men. = Ménon ; Prot. = Protagoras ; R. = La République ; Soph. = Le Sophiste. 3. Platon utilise le terme de "musique" qui englobe pour lui autant la musique que la littérature. Bibliographie choisie La littérature sur Platon étant immense, cette bibliographie ne contient que les publications que jai effectivement utilisées. Blättner, F. Geschichte der Pädagogik [Histoire de léducation]. Heidelberg, Quelle und Meyer, 1968. Brun, J. "LAcadémie". Dans Histoire de la philosophie, Encyclopédie de la Pléiade, vol. I. Paris, Gallimard, 1969. . Platon et lAcadémie. Paris, Presses Universitaires de France, 1991. Castle, E.B. Ancient education and today [Léducation dans lAntiquité et aujourdhui]. Londres, Penguin Books, 1962. Cross, R.C. et Woozley, A.D. Platos Republic. A philosophical commentary [« La république » de Platon : commentaire philosophique]. Londres, Macmillan, 1991. Ferber, R. Platos Idee des Guten [Lidée platonienne du Bien]. Sankt Augustin, Academia Verlag Richarz, 1989. Gauss, H. Handkommentar zu den Dialogen Platos [Commentaire sur les « Dialogues » de Platon]. 7 volumes, Bern, Herbert Lang, 1952-67. Gigon, O. Sokrates [Socrate]. Bern, A. Francke, 1979. Grube, G.M.A. Platos Republic. (Translation and commentary) [« La République » de Platon (traduction et commentaire], Indianapolis, Hackett, 1986. Guillermit, L. Platon par lui-même. Combas, Édition de léclat, 1989. Jaeger, W. Paideia. Die Formung des griechischen Menschen [Plaideia : la formation de lhomme grec]. Berlin, Walter de Gruyter, 1959. Jeannière, A. Lire Platon. Aubier, 1990 (sans indication de lieu). Marcuse, L. Plato und Dionys [Platon et Denys]. Berlin, Blanvalet, 1968. Marrou, H.-I. Histoire de léducation dans lantiquité. Paris, Seuil, 1976. Nietzche, F. Introduction à la lecture des Dialogues de Platon. Combas, Édition de léclat, 1991. Picht, G. Platons Dialoge Nomoi und Symposion [Les dialogues de Platon « Les lois » et « Le banquet »]. Stuttgart, Klett-Cotta, 1990. Pietri, C. "Les origines de la pédagogie. Grèce et Rome". Dans : Histoire mondiale de léducation, vol.1. Paris, Presses Universitaires de France, 1981. Platon, Sämtliche Werke [OEuvres complètes]. Eingeleitet von O. Gigon, Uebertragen von R. Rufener. Zürich, Artemis, 1974. Popper, K.R. The open society and its enemies (Vol. 1), Plato. Londres, Routledge, 1991. La société ouverte et ses ennemis (Vol. 1), Platon. Paris, Seuil, 1979 [Édition française malheureusement abrégée]. 1991. Ruggiero, G. de. La Filosofia Greca [La philosophie grecque]. Bari, Laterza, 1946. Vlastos, G. Socrates [Socrate]. Cambridge, University Press, 1991. Wahl, J. Platon. Dans: Histoire de la philosophie. Paris, Gallimard, [Encyclopédie de la Pléiade, vol. 1]. 1969. Wyller, E.A. Der späte Platon [Le dernier Platon]. Hamburg, Felix Meiner, 1970. Tags :
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LA REPUBLIQUE DE PLATON
Ajouté le 8/6/2008
La République PLATONUn article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.Aller à : Navigation, Rechercher Pour les articles homonymes, voir République (homonymie). La République (en grec : Περὶ πολιτεßας / Perì politeías, « De la constitution » ou simplement Πολιτεßα Politeía, « La Constitution ») est un dialogue de Platon portant principalement sur la justice dans l'individu et dans la Cité. Il s'agit de l'ouvrage le plus connu et le plus célèbre de Platon en raison, entre autres, du modèle de vie communautaire exposé et de la théorie des Idées que Platon y défend. Histoire des éditions de la République [modifier]C'est l'un des ouvrages les plus étendus de Platon. Dans la classification de Thrasylle, il occupe la deuxième place de la huitième tétralogie. Le livre est divisé en dix parties ; cette division, qui ne suit pas le cours naturel de l'œuvre, est peut-être due à des critiques d'Alexandrie. Selon FLK Cicéron (Les Lois, II, 6), la République est le premier livre de philosophie politique grecque. Mais Platon fut accusé par Aristoxène d'avoir copié les Antilogikoi ou le Peri politeias de Protagoras (Diogène Laërce, III, 37). Aulu-Gelle (Nuits Attiques, XIV, 3) rapporte que les deux premiers livres furent d'abord édités seuls et que Xénophon y opposa sa Cyropédie. Ces éléments montreraient que les différents livres de la République furent écrits à des époques différentes. Il semble ainsi que le premier et le dixième livres n'appartenaient pas au plan primitif de l'œuvre. Mais l'unité de l'ensemble semble contredire cette thèse. Cadre dramatique [modifier]Personnages du dialogue [modifier]Socrate, Glaucon, Polémarque, Thrasymaque, Adimante, Céphale. Le dialogue a lieu dans la maison de Céphale. Analyse de l'œuvre [modifier]On dit que ce livre a été écrit antérieurement aux autres, mais qu'il n'a pas satisfait Platon, le décidant à approfondir sa réflexion sur la justice, donnant ainsi le jour aux autres livres de la République. Socrate évoque une discussion qui eut lieu la veille chez Polémarque, fils de Céphale, entre lui, Glaucon, Thrasymaque, Adimante et leurs deux hôtes. Le vieux Céphale est interrogé par Socrate sur la manière dont il supporte la vieillesse. Céphale répond que la vieillesse est supportable et douce si l'on a vécu suivant la justice, en étant loyal et sincère, et en donnant à chacun ce qui lui est dû. Polémarque remplace alors son père dans la conversation et affirme que la justice consiste à rendre à chacun ce qui lui est dû : à ses amis le bien et à ses ennemis le mal. Mais si nous considérons les amis, objecte Socrate, on voit que cette définition n’est pas satisfaisante. Il va alors réfuter Polémarque au moyen d’une authentique réduction à l’absurde. Si un ami nous confie des armes et qu’il perd ensuite la santé mentale, serait-il « juste » de les lui rendre ? Selon la définition de la justice de Polémarque cela serait « juste ». Or, il est tout aussi évident qu’on ne lui rendrait pas ce qui lui revient, à savoir le bien en faisant cela. La définition de la justice de Polémarque est donc contradictoire. Mais Thrasymaque interrompt brusquement le dialogue : la justice naturelle est ce qui est le plus avantageux au plus fort ; et le plus fort est celui qui ne se trompe pas dans la compréhension de ce qui lui est avantageux. Socrate répond : tout art a un objet ; cet objet est différent et inférieur à cet art qui lui est utile. Mais il doit en être ainsi de l'art politique : l'homme politique, qui a le pouvoir, travaille à l'encontre des citoyens. Mais Thrasymaque nie qu'il en soit ainsi : le but de tous les hommes, ce qui rend vraiment heureux, c'est de mettre la puissance aux services des citoyens et des intérêts de celui qui la possède. L'injustice est sage et vertueuse. L'injuste, répond Socrate, en cherchant à dominer tout le monde, prouve qu'il a la science et la vertu. Au contraire, c'est la justice qui est science et vertu, elle est donc plus puissante que l'injustice, car il n'y a rien de plus puissant que la science. Et c'est cette justice, qui est une vertu, i.e. un développement naturel des fonctions d'un être, qui rend heureux. Le bonheur de l'âme est attaché à la justice, à la perfection de ses actions. Socrate remarque que, dans cette discussion, l’on n’a pas commencé par définir la justice ; on a cherché si la justice était science et vertu, si elle était utile. Mais il faut commencer par chercher à déterminer l'essence de la justice. Ce livre est essentiel car Platon met dans la bouche de ses frères Adimante et Glaucon la même argumentation que celle de Thrasymaque. Platon veut par là donner le maximum de force et exprimer avec le plus de clarté possible aux positions du sophiste. Toute la République peut même être comprise comme une réponse à l’argumentation que développent les frères de Platon et comme une réfutation de la thèse selon laquelle l’injustice est préférable à la justice. En effet, les frères distinguent trois sortes de bien : celui que l'on aime pour ce qu'il est, celui que l'on n'aime que pour ses conséquences, et celui que l'on aime pour ce qu'il est et pour ses conséquences. Or selon l'opinion publique, la justice ferait partie du deuxième groupe. Ce sont les honneurs qui sont recherchés. Pour développer cela, ils démontrent que chaque être tend à devenir injuste, et que l'homme n'a inventé la justice que parce que certains sont incapables d'être injustes et subissent les méfaits de l'injustice des autres sans pouvoir en bénéficier des plaisirs. Ce livre constitue le début de la définition de la justice dans la République de Platon. Socrate part de deux idées. D’abord il est nécessaire de comprendre ce qu’est la justice dans la Cité avant de comprendre ce qu’elle est dans l’individu. Il faudra donc pour cela exposer la nature et les caractéristiques de la justice dans la Cité ou plus exactement montrer ce qu’est la justice dans la polis. Socrate va de plus exposer la naissance de la Cité juste au cours de ce qu’il est convenu d’appeler la « poléogenèse » (du grec « polis », cité et « genesis » naissance). Au cours de cet exposé Socrate traite de l'éducation à donner aux futurs gardiens de la Cité idéale que, dans ce dialogue, Platon tente d'établir. Il est tout d'abord question de la censure de la poésie. La représentation traditionnelle de l'Hadès comme un lieu de souffrances doit être évitée à tout prix, car elle n'est "ni vrai[e] ni utile à de futurs guerriers" (386b). Il est dit à ce sujet que les poètes seront priés "de ne point trouver mauvais que nous les effacions" (387a). Plus généralement, la mort doit être indifférente à l'homme qui doit vivre libre et par conséquent craindre plus que tout l'esclavage. Ainsi, les passages de l'Iliade par exemple, exposant les lamentations d'Achille, doivent être censurés, car ils montrent les héros dans des postures indignes de l'homme courageux que doit créer la Cité. Le mensonge doit être interdit dans la Cité, et réservé aux seuls chefs - dans l'intention de faire le bien, évidemment. De plus, la tempérance étant une des vertus essentielles, on ne peut laisser les guerriers aimer les richesses, la nourriture ou le vin - et il faut donc, ici encore, avoir recours à la censure. Il est au final formellement interdit de montrer une quelconque faiblesse des dieux ou des héros, qui doivent être des modèles pour les hommes. De même, on ne peut tolérer ceux qui prétendent dans leurs écrits que les injustes sont heureux au contraire des justes. Vient ensuite un examen de la forme des discours poétiques, qui peuvent être soit entièrement fictifs, soit réalistes, ou encore mélanger ces deux genres. Or, dans la Cité, chaque homme a un unique rôle, bien déterminé, à jouer, ainsi on ne peut laisser les gardiens avoir s'accoutumer à des formes d'imitations, ou même à des mélanges avec du réalisme ("parce qu'il n'y a point chez nous d'homme double ni multiple", 397e). Seul l'honnête homme doit être représenté, sous une forme aussi austère que possible, car dans cette Cité, on "vise à l'utilité" (398b). Vient alors l'étude de la manière de chanter le texte poétique, et de la manière de l'accompagner. Pour rester cohérent avec les choix précédents, on ne peut accepter ni une harmonie plaintive, ni molle; et par conséquent, les seuls instruments utiles - et donc acceptés - dans la Cité seront la lyre et la cithare, et aux champs, la syrinx. Avec ces dispositions, "nous avons, sans nous en apercevoir, purifié la cité que, tout à l'heure, nous disions adonnée à la mollesse" (399d). Il reste toutefois à poursuivre en ce sens par l'étude des rythmes, qui doivent être propices à la vie réglée et courageuse. Une telle censure est étendue à tous les domaines artistiques et même à l'artisanat; ne doivent ainsi être admis dans la Cité que ceux qui créeront de belles choses, car elles proviennent nécessairement du Bien, et sont ainsi les seules dignes. Est ensuite abordé brièvement (autour de 403a) le problème de l'amour, qui doit, afin d'être véritable, s'éloigner tant que possible de l'amour sensuel. Socrate discute aussi beaucoup la médecine et du médecin dans ce livre... Le livre IV a une signification toute particulière car il traite de la nature de la justice dans l’individu. Selon Adimante, les gardiens ne peuvent être heureux d’après ce qui précède. Contrairement aux autres individus, ils ne peuvent avoir aucun profit personnel. D’après Socrate, « le bonheur doit appartenir au plus haut degré à l’état tout entier ». Un état juste est-il un état heureux ? Il s’agit de rendre possible la « part de bonheur qui corresponde à chaque classe ». Richesse et pauvreté sont toutes deux nuisibles. Il faut trouver le juste milieu. Retour avec Glaucon au problème de la justice. (427 c) Énonciation des quatre vertus cardinales de la Cité: Une Cité est parfaitement bonne si elle est sage, courageuse, tempérée et juste. La sagesse s’appuie sur la connaissance et les bons conseils. « C’est par ce qui tient la tête et commande, qu’un état fondé selon la nature doit, dans son ensemble, être sage. » Le courage concerne les soldats : « C’est par une partie de lui-même qu’un état est courageux, pour la raison qu’en cette partie, il possède une vertu propre à sauvegarder d’une façon constante le jugement sur les choses à craindre et sur leur nature, choses et nature des choses qui sont ce qu’à décrété le législateur au cours de l’éducation ». Le respect des lois doit permettre « la sauvegarde de l’opinion crée par la loi, au moyen de l’éducation, concernant les choses mêmes qui sont à craindre et leur nature ». La tempérance est « une sorte d’arrangement ordonné. C’est une maîtrise à l’égard de certains plaisirs et désirs ». Il s’agit, d’une certaine manière, d’être plus fort que soi-même. Remarque : Il en est pour l’Etat comme pour l’âme : la meilleure partie doit avoir autorité sur la partie la plus faible. Ainsi le petit nombre, dominé par la pensée doit guider le grand nombre, qui est dominé par les désirs. La tempérance est harmonie : elle se déploie sur l’Etat tout entier... de façon à ce qu’il y ait « identité d’opinion entre ceux qui commandent et ceux qui sont commandés sur le point de savoir La tempérance doitðquels sont ceux à qui le commandement doit appartenir. » lier sagesse et courage. La justice « c’est ce qui confère à la tempérance, le courage et la sagesse, la capacité de se produire et garantit la sauvegarde de leur existence ». La justice dans l’individu est comparable à la justice dans un Etat : « entre un homme juste et un état juste, il n’y aura aucune différence par-rapport à la forme elle-même de la justice … » La justice dans l’individu (433) ; analyse du désir (437) « Chaque désir n’est désir que de chacune des choses dont il est naturellement le désir ; mais que l’objet en ait telle ou telle autre qualité, ce sont là des circonstances surajoutées. » Conflits de l’âme : On peut considérer deux fonctions de l’âme : l’une raisonnante, l’autre désirante (irraisonnée). La fonction raisonnante doit commander à la partie impétueuse. La fonction médiatrice, ou tempérance, doit soutenir le parti de la raison... L’injustice est présentée comme une maladie de l’âme : c’est une dissension qui s’élève dans les trois fonctions…On ne peut pas dire qu’il est plus avantageux de commettre l’injustice. Les cinq modes de constitution politique présentent les cinq modes possibles de l’âme… Dans ce livre, on parle aussi d'un mensonge que la cité pourrait faire croire au peuple afin que ne se perde pas la perfection de la cité. Il serait raconté au peuple qu'ils viennent de la Terre, et qu'il doive la protéger comme si c'était leur mère. De plus, comme chacun vient de la Terre, il aurait une âme d'or, d'argent, ou de bronze (Or : Gardien de la cité, Argent : Commerçant ou artisan, Bronze, Cultivateur). Et il est énoncé que si un rejeton de cuivre ou d'argent devait naître d'un gardien, il devrait être renvoyé chez les siens, et inversement si un rejeton d'argent ou d'or naissait chez un cultivateur, il devait être envoyé chez les gardiens. Il s'agit en premier lieu pour les interlocuteurs, d'examiner la nature de cette communauté des enfants et des femmes destinée aux gardiens, de la communauté des soins pour ceux qui appartiennent à l'âge intermédiaire entre la naissance et l'éducation (jusqu'à six ans environ.) Les discours précédents ont établi que ces hommes étaient en quelque sorte les « gardiens d'un troupeau ». De la même manière que les femelles des chiens de garde font tout en commun avec eux dans la mesure de leurs forces qui sont plus faibles, les femmes des gardiens devront se comporter de même. Puisque la cité aura indifféremment recours aux hommes et aux femmes pour les mêmes fonctions, il faut leur donner la même éducation : musique et gymnastique et formation aux pratiques guerrières. En ce sens, s'opposant aux conceptions en vigueur, Socrate affirme que les femmes doivent s'entraîner nues au gymnase, à l'équitation et au port des armes. Il s'agit alors de déterminer si par nature, les hommes et les femmes peuvent pratiquer les mêmes activités. Il a été défini plus haut, que dans la cité chacun devrait exercer les tâches qui lui convenaient en fonction de sa nature. Or il semble évident que la nature de la femme ne se confond pas avec celle de l'homme. Si l'hypothèse doit être maintenue d'une différence de nature entre les hommes et les femmes, ce ne peut être seulement en raison d'une différence de fonctions. Si la différence doit être posée absolument, il faut la fonder absolument, or jusqu'ici cette différence de nature demeure relative et ne peut donc être déterminée que par rapport à une fonction spécifique. La différence de nature entre les hommes et les femmes ne se fonde-t-elle que sur les dons naturels ? Platon s'interroge alors sur le talent naturel ; le don naturel est associé au don d'apprendre et de retenir. Chez celui qui est doué l'exercice de la pensée domine les forces du corps. Il n'y a pas en réalité d'occupation relative à l'administration de la cité qui appartiennent à une femme ou à un homme en raison de son sexe, les dons naturels sont répartis de manière semblable dans les deux genres. Simplement dans ces activités, la femme est un être plus faible que l'homme. Il existe donc des femmes douées pour exercer l'activité de gardien qu'il faut choisir pour vivre en communauté avec des hommes du même genre. Instituer une telle loi n'est pas irréalisable puisqu'elle est conforme à la nature. De plus, cette législation est véritablement la meilleure pour une cité, puisqu'elle est met au pouvoir les hommes et les femmes les meilleurs. « C'est le bénéfique qui est beau et le nuisible qui est laid ». Il faut par ailleurs, que ces femmes soient communes à tous ces hommes, et qu'il en soit de même pour les enfants, afin que nul ne sache qui est de sa descendance et qui ne l'est pas. Ils auront en commun leurs logements, les repas, et ne posséderont rien qui ne soit aussi à tous ; ensemble ils se mêleront dans les gymnases ce qui en vertu d'une nécessité naturelle, les poussera à s'unir. Néanmoins il ne s'agit pas d'instituer des pratiques impies, il faut donc donner au mariage le caractère le plus sacré possible. Ces mariages auront lieu entre les meilleurs comme entre les plus médiocres, mais il est impensable d'accoupler le médiocre et le meilleur. En effet, la reproduction entre ces sujets d'élites visent à assurer une progéniture apte à perpétuer l'excellence de leurs parents. Doit-on pour autant considérer qu'il n'est question ici que d'une simple théorie eugéniste ? Il est permis de supposer que l'accouplement de parents excellents n'est pas directement la cause de l'excellence de leur descendance. Si l'on relie ce fait à la théorie de la métempsychose exprimée dans le mythe d'Er le Pamphylien, il serait plus juste de parler de « prédestination platonicienne ». En effet, des âmes ayant déjà pratiqué une vie vertueuse au cours de leurs existences passées auront nécessairement tendance à choisir une nouvelle existence dont le milieu satisfait à leurs habitudes d'excellence. Pour créer les conditions de reproduction de cette élite, il est nécessaire de recourir dans l'intérêt du peuple aux mensonges et aux tromperies. Pour que les hommes les meilleurs et les femmes les meilleures s'unissent entre eux il faudra s'appuyer sur un système de tirages au sort (dans lequel on peut voir comme écho de la distribution des sorts aux âmes du mythe d'Er) truqué « de manière que l'homme médiocre, après chaque union, en rende le sort responsable, et non les dirigeants ». Les enfants de ceux qui sont excellents seront conduits auprès de nourrices dans un lieu réservé de la cité. Ils doivent être engendrés par ceux qui ont atteint la maturité (entre vingt et quarante ans pour les femmes, trente et cinquante-cinq ans pour les hommes). Après cette période, les hommes et les femmes seront laissés libre de s'accoupler avec qui ils veulent, à condition « de ne jamais faire voir la lumière du jour, à un seul fruit de la grossesse, si d'aventure il avait été conçu », néanmoins ils ne pourront s'unir, ni avec leur fille ou fils, père ou mère, petits-enfants. Ces termes recouvrent un sens très large, puisque dans cette cité où il est impossible de savoir qui est enfant de qui, à compter du jour où l'un deux devient l'époux promis, tous les enfants nés dans les dix mois suivants sont dit fils et filles, et leurs enfants, petit-fils et petite-fille. Après cette exposé, il s'agit pour Platon à travers la bouche de Socrate, de montrer que cette constitution est bien la meilleure de toutes pour la cité : Pour une cité, le mal le plus grand est celui qui la déchire et la morcelle, le bien le plus grand celui qui lui assure l'unité. Or l'expression individuelle du plaisir et de la peine est ce qui morcelle la cité, lorsque certains trouvent motifs à se réjouir de ce que d'autres rejettent. Au contraire l'expression commune du plaisir et de la peine lie ensemble l'ensemble des citoyens. Platon développe une comparaison entre l'individu et la cité, tous deux présentés comme des organismes unifiés, sujets de plaisirs et de souffrances communes. Il s'agit selon G.Vlastos d'une homologie de structure qui repose sur le pouvoir de la raison de commander aux autres parties, c'est à dire à l'âme et au corps. Une telle cité a nécessairement de bonnes lois. Ce que les citoyens posséderont le plus en commun, c'est ce qu'ils désigneront comme « ce qui est à moi », et c'est parce qu'ils posséderont en commun qu'ils auront une parfaite communauté de peine et de plaisir. Du fait qu'ils ne posséderont rien en privé, ils seront exempts de discorde et de toutes les dissensions qui affectent une vie humaine ordinaire. L'éducation guerrière des enfants occupe une place importante. Les enfants vigoureux seront emmenés dans les campagnes qui ont toutes les chances d'être victorieuses, afin qu'ils puissent par l'observation se familiariser avec les choses de la guerre et être dynamisés par les exemples de bravoure et de courage que la troupe récompense par une série de distinctions : d'abord les couronnes, ensuite le salut du guerrier de la main droite, ensuite une récompense d'ordre érotique, le baiser, destinés à rendre les guerriers plus énergiques. Bien que le modèle de la communauté implique les femmes, le rapport évoqué est d'ordre homosexuel. Dans le cadre de la campagne militaire, le rapport sexuel semble autorisé, le verbe philêsai impliquant aussi bien le baiser que l'union sexuelle qu'il est interdit de refuser à l'homme victorieux qui le désire. Les morts seront honorés avec de grands égards, déclarés appartenir à la « race d'or » qui, dans l'idéologie fondatrice, désigne les gardiens-dirigeants, leur mémoire sera pieusement vénérée. D'autre part, dans sa conception de la guerre, Platon s'inscrit en faux avec les coutumes de son époque : les Grecs ne devront pas posséder d'esclaves grecs, les morts ennemis ne devront pas être dépouillés, il sera interdit de dévaster la terre et d'incendier les maisons. Seul le pillage de la récolte sera toléré. En effet, il s'agit de distinguer la guerre et la dissension. La guerre est un conflit entre des étrangers, la dissension une hostilité entre des proches. Or les Grecs sont des proches, et il est impensable de se comporter envers des proches comme envers des barbares. La dernière partie du livre cherche à déterminer de quelle manière cette constitution politique peut en venir à exister. Platon commence par distinguer l'application concrète (prâxin) du discours théorique (léxeos) plus à même de saisir la vérité que la pratique, une position que Socrate avoue d'emblée être contestable. En réalité, il s'agit d'une recherche par approximation, l'idéal par son essence même, ne peut être réalisé que d'une manière approximative ; chercher comment on peut s'approcher du modèle est le moyen le plus sûr pour le réaliser. Il ne faudrait d'ailleurs changer qu'une seule chose : réussir à faire coïncider pouvoir politique et philosophie. L'institution de cette nouvelle royauté, qui n'est pas le gouvernement d'un seul mais est plurielle, est en rupture complète avec les gouvernements royaux de l'époque grecque. La royauté des rois-philosophes sera la royauté de la raison et s'exercera aussi bien dans l'âme que dans la cité. Socrate et Glaucon vont s'attacher à définir les philosophes. Cette définition s'ouvre par l'évocation du caractère érotique du tempérament philosophique, qui vise à mettre en relief le désir et l'amour qui président tous deux à l'activité philosophique, le philosophe « possédé du désir de sagesse [...] aime le spectacle de la vérité ». Socrate explique alors ce qu'il entend par cette dernière expression. Le beau étant l'opposé du laid, il s'agit de deux choses différentes qui sont chacune une. De toutes les formes on peut dire la même chose, chacune paraît multiple parce qu'elle manifeste partout en communauté avec les actions et les corps. En ce sens il faut distinguer ceux qui apprécient les belles choses et ceux qui goûtent le beau en soi, ces derniers étant rares. Celui qui pense que le beau en soi est quelque chose de réel, celui-là vit à l'état de veille. Sa pensée est connaissance car elle est pensée de quelqu'un qui connaît. La connaissance s'établit sur ce qui est et la non-connaissance sur ce qui n'est pas. L'opinion se rattache à une chose qui est différente de celle du savoir. Les capacités constituent un certain genre d'être grâce auxquelles nous pouvons nous-mêmes ce que nous pouvons. Une capacité qui se rattache au même objet et qui effectue le même résultat je l'appelle la même capacité. La connaissance et l'opinion sont des capacités différentes car ce qui est infaillible n'est pas identique à ce qui ne l'est pas. Si c'est ce qui est qui est connu, alors ce qui est opiné est autre que ce qui est. Pourtant ce qui est opiné ne se confond pas avec ce qui n'est pas qui se rapporte à l'ignorance. L'opinion se trouve alors entre l'ignorance et la connaissance. Ceux qui ont de l'affection pour des choses sans les connaître en soi sont donc des personnes sujets à l'opinion, ceux qui ont de « l'affection pour cela même qui en chaque chose est, il faut les appeler amis de la sagesse, philosophes. ».! Introduction: Situation: Socrate et Glaucon terminent un entretien ayant eu pour objet la distinction du philosophe de celui qui ne l'est pas. Dans quel but? But: Le philosophe apparaît comme celui qui est apte à veiller sur les lois de la cité, autrement dit, à être le gardien de la cité. Complément de l'entretien précédent: Le naturel philosophe ou les 4 vertus du philosophe L'intervention d'Adimante: I) L'objection d'Adimante: - expression de l'embarras éprouvé par ceux qui s'entretiennent avec Socrate, chaque fois qu'ils s'aperçoivent que l'opinion les a égarés; - exposition du problème dans ce qui les occupe: 1°) l'opinion: les philosophes dont Socrate vante les vertus sont rares, puisqu'ils deviennent soit pervers, soit inutiles; 2°) le problème: comment un philosophe inutile à la cité peut-il être utile à la cité? La réponse de Socrate au problème de l'inutilité du philosophe par l'image du navire: - Socrate justifie l'utilisation de ce procédé comme étant le seul à pouvoir défendre les sages qui subissent les traitements les plus durs par l'État; -L'image du navire permet une comparaison: L'État fonctionne de manière analogue au fonctionnement du navire; - L'ignorance, le vide de savoir, exclut d'emblée le savoir puisque l'ignorant ne sait pas que le savoir existe: sous cet angle, le savoir est inutile. "de cette inutilité ceux qui n'emploient pas les sages sont la cause, et non les sages eux-mêmes" La réponse de Socrate au problème de la perversité des philosophes: - Principe des dégradations des vertus: 1°) Point de départ: le naturel philosophe ou les vertus de "l'homme noble et bon"; 2°) Principe: les vertus se développent en fonction du milieu dans lequel le philosophe est immergé; 3°) La corruption des vertus est corrélative de ce principe. - Cause de la corruption des vertus: 1°) Le peuple n'est pas philosophe: il n'aime pas la vérité et corrompt la sagesse; "il est nécessaire que les philosophes soient blâmés par [le peuple]" "les éléments qui composent le naturel philosophe, quand ils sont gâtés par une mauvaise éducation, le font déchoir en quelque sorte de sa vocation"2°) La cause de la corruption n'est pas la philosophie, mais l'éducation de celui qui possède les vertus du naturel philosophe" Échec de l'objection d'Adimante: - Socrate répond au problème posé par Adimante, en tenant un raisonnement auquel, encore une fois, "personne ne saurait rien opposer"- A la fin de l'entretien, l'opinion rapportée par Adimante apparaît "comme une grosse erreur, toute contraire à ce qu'on avait accordé au début": en effet, Socrate tient l'opinion pour vraie, raisonne sur cette base et amène Adimante à admettre la portée du naturel philosophe dans la cité. - Par "crainte d'objections", un point n'a pas été développé. Maintenant qu'Adimante s'est réconcilié avec la pensée de Socrate, Socrate va pouvoir aborder ce point. II) Le philosophe, gardien de la cité: - Situation aujourd'hui (à l'époque de Socrate): Les philosophes sont de jeunes gens n'ayant pas poursuivis leurs études au-delà de la dialectique; - comment Socrate envisage ce qu'il faudrait que ce soit: préparer les jeunes à "servir la philosophie"; - comment convaincre le peuple: l'opinion peut changer par les conseils prodigués par le législateur (en l'occurrence ici, Adimante) III) Etudes et exercices: la formation des gardiens - Condition préalable: l'amour de la cité; - Les philosophes ont l'expérience des plaisirs et des douleurs et savent poursuivre leur quête de l'immuable et de la vérité; - Dans cette partie du dialogue, Socrate analyse les prémisses de l'entretien. IV) Conclusion: la comparaison avec le Soleil - Comparaison de l'œil avec le soleil, au regard des objets sensibles comme de l'âme avec l'idée du bien au regard de la vérité. - L'idée du bien est le principe de la science et de la vérité, comme le soleil est le principe du connaissable. - c'est dans cette partie du dialogue qu'est exposée la ligne divisée, comme la classification des ordres du savoir, du visible à l'intelligible, de l'obscurité au soleil par l'élévation de l'âme vers l'idée du bien. C'est dans ce livre que se trouve l'allégorie de la caverne. Dans cette allégorie, il présente l'enseignement qui doit être dispensé au philosophe et la difficulté qui existe dans les relations entre apprenants et enseignants. Représente-toi de la façon que voici l'état de notre nature relativement à l'instruction et à l'ignorance. Il fait conduire par Socrate, avec comme interlocuteur Glaucon, une réflexion sur : - ce que chacun croit savoir - relation aux croyances, aux valeurs, aux certitudes et convictions - la difficulté de changer de manière de concevoir les choses - la relation à la découverte - la résistance au changement de point de vue - ce que chacun sait qu'il sait - ce que chacun sait qu'il ne sait pas - ce que chacun ne sait pas qu'il sait - ce que chacun ne sait pas qu'il ne sait pas, qu'il croit savoir ou pas L'intervention du philosophe, praticien de la maïeutique, n'est dans ce cas pas sans risque lorsqu'il doit faire face à l'ensemble d'une cité, puisque la réaction des groupes dans ce domaines est d'être fermé aux idées démystificatrices (position des prisonniers dans une caverne qui considèrent que celui d'entre eux qui reviendrait avec une meilleure connaissance du monde réel serait atteint de folie et s'il parvenait à semer le trouble quant à la réalité, serait exposé au risque d'être tué... s'ils pouvaient le tenir en leurs mains, que crois-tu qu'ils feraient ? L'allégorie de la caverne est certainement un héritage de l'enseignement pythagoricien visant à libérer les personnes des croyances qui étaient inculquées depuis des décennies, voire des millénaires de crédulité dans tous les domaines qui pouvaient être approchés de manière scientifique. Socrate et Adimante vont maintenant faire l'examen des différents types de régime politique. Outre le régime idéal qu'ils décrivent, nommé aristocratie, il y a la timocratie ou timarchie (régime de crète et de Lacédémone), l'oligarchie, la démocratie et la tyrannie. Ils vont analyser chaque régime en particulier, et montrer comment l'on passe de l'un à l'autre. Tout d'abord, la timarchie. Socrate prévoit que, naturellement, son aristocratie finira par se corrompre, se dégrader, perdre de son unité. Alors, les « races de fer et de bronze », les artisans, vont chercher la richesse, ce qui va amener la création de la propriété privée. Ce mode de fonctionnement politique diffère de l'aristocratie par le fait que le pouvoir ne sera pas donné aux sages. De plus, les citoyens seront plus incités à guerroyer, et ils recherchent le profit. Cette constitution est « un mélange complet de bien et de mal » (548c). Le citoyen sera plus arrogant, brutal envers les esclaves et doux envers les hommes libres. Ce régime devient oligarchique quand, du fait d'une recherche éffreinée du profit, une petite partie de la population devient très riche alors que l'autre se paupérise radicalement. Du moment que les habitants de la cité décident que seuls les plus riches pourront participer aux affaires publiques, il y a oligarchie (du grec ολιγος, peu). Bien entendu, les riches établissent leur constitution par la force. Outre que les plus riches sont considérés à tort comme les plus habiles à gouverner, le principal défaut de cette cité est sa division interne : « une cité des riches, une cité des pauvres, habitant dans un même lieu et conspirant constamment les uns contre les autres. » (551d). Le citoyen, quant à lui, se présente sous un jour respectable, mais il ne cherche au fond que la richesse. Les pauvres remarquent bien vite que les riches ne le sont « que du fait de la lâcheté des pauvres » (556d). Ils décident donc de les chasser ou de les dépouiller, et construisent un régime démocratique. Ce régime favorise la liberté et l'égalité, « le pouvoir de faire tout ce qu'on veut » (557b). Il n'y a aucune obligation : celui qui est habile pour gouverner ne le fait que s'il le veut, la guerre et la paix ne sont conclues que selon l'opinion des citoyens. Socrate parle même de criminels qui ne seraient pas poursuivis et se promèneraient en toutes liberté dans la ville (558c). N'importe qui peut faire n'importe quoi, il n'y a plus aucune spécialisation. Le citoyen s'occupe à satisfaire ses plaisirs non nécessaires, il se lance de temps en temps dans la politique quand l'envie lui en prend. Il est à l'image de la cité : il fait ce qu'il lui plaît, ce qui l'amuse. La liberté et l'égalité entraînent des troubles, les enfants ne respectent plus leurs parents (562d). On assiste à une division de la cité en trois classes : les paresseux qui passent leurs temps à s'occuper des affaires publiques, ceux qTags :
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LE MYTHE DE PROTAGORAS
Ajouté le 8/6/2008
PLATONLe mythe de ProtagorasC'était le temps où les dieux existaient déjà, mais où les races mortelles n'existaient pas encore. Quand vint le moment marqué par le destin pour la naissance de celles-ci, voici que les dieux les façonnent à l'intérieur de la terre avec un mélange de terre et de feu et de toutes les substances qui se peuvent combiner avec le feu et la terre. Au moment de les produire à la lumière, les dieux ordonnèrent à Prométhée et à Epiméthée de distribuer convenablement entre elles toutes les qualités dont elles avaient à être pourvues. Epiméthée demanda à Prométhée de lui laisser le soin de faire lui-même la distribution: " Quand elle sera faite, dit-il, tu inspecteras mon oeuvre." La permission accordée, il se met au travail. Dans cette distribution, ils donnent aux uns la force sans la vitesse; aux plus faibles, il attribue le privilège de la rapidité; à certains il accorde des armes; pour ceux dont la nature est désarmée, il invente quelque autre qualité qui puisse assurer leur salut. A ceux qu'il revêt de petitesse, il attribue la fuite ailée ou l'habitation souterraine. Ceux qu'il grandit en taille, il les sauve par là même. Bref, entre toutes les qualités, il maintient un équilibre. En ces diverses inventions, il se préoccupait d'empêcher aucune race de disparaître.Après qu'il les eut prémunis suffisamment contre les destructions réciproques, il s'occupa de les défendre contre les intempéries qui viennent de Zeus, les revêtant de poils touffus et de peaux épaisses, abris contre le froid, abris aussi contre la chaleur, et en outre, quand ils iraient dormir, couvertures naturelles et propres à chacun. Il chaussa les uns de sabots, les autres de cuirs massifs et vides de sang. Ensuite, il s'occupa de procurer à chacun une nourriture distincte, aux uns les herbes de la terre, aux autres les fruits des arbres, aux autres leurs racines; à quelques-uns il attribua pour aliment la chair des autres. A ceux-là, il donna une postérité peu nombreuse; leurs victimes eurent en partage la fécondité, salut de leur espèce.Or Epiméthée, dont la sagesse était imparfaite, avait déjà dépensé, sans y prendre garde, toutes les facultés en faveur des animaux, et il lui restait encore à pourvoir l'espèce humaine, pour laquelle, faute d'équipement, il ne savait que faire. Dans cet embarras, survient Prométhée pour inspecter le travail. Celui-ci voit toutes les autres races harmonieusement équipées, et l'homme nu, sans chaussures, sans couvertures, sans armes. Et le jour marqué par le destin était venu, où il fa llait que l'homme sortît de la terre puor paraître à la lumière.Prométhée, devant dette difficulté, ne sachant quel moyen de salut trouver pour l'homme, se décide à dérober l'habileté artiste d'Héphaïstos et d'Athéna, et en même temps le feu, - car, sans le feu il était impossible que cette habileté fût acquise par personne ou rendît aucun service, - puis, cela fait, il en fit présent à l'homme.C'est ainsi que l'homme fut mis en possession des arts utiles à la vie, mais la politique lui échappa: celle-ci en effet était auprès de Zeus; or Prométhée n'avait plus le temps de pénétrer dans l'acropole qui est la demeure de Zeus: en outre il y avait aux portes de Zeus des sentinelles redoutables. Mais il put pénétrer sans être vu dans l'atelier où Héphaïstos et Athéna pratiquaient ensemble les arts qu'ils aiment, si bien qu'ayant volé à la fois les arts du feu qui appartiennent à Héphaïstos et les autres qui appartiennent à Athéna, il put les donner à l'homme. C'est ainsi que l'homme se trouve avoir en sa possession toutes les ressources nécessaires à la vie, et que Prométhée, par la suite, fut, dit-on, accusé de vol.Parce que l'homme participait au lot divin, d'abord il fut le seul des animaux à honorer les dieux, et il se mit à construire des autels et des images divines; ensuite il eut l'art d'émettre des sons et des mots articulés, il inventa les habitations, les vêtements, les chaussures, les couvertures, les aliments qui naissent de la terre. Mais les humains, ainsi pourvus, vécurent d'abord dispersés, et aucune ville n'existait. Aussi étaient-ils détruits par les animaux, toujours et partout plus forts qu'eux, et leur industrie suffisante pour les nourrir, demeurait impuissante pour la guerre contre les animaux; car ils ne possédaient pas encore l'art politique, dont l'art de la guerre est une partie. Ils cherchaient donc à se rassembler et à réciproquement, faute de posséder l'art politique; de telle sorte qu'ils recommençaient à se disperser et à périr.Zeus alors, inquiet pour notre espèce menacée de disparaître, envoie Hermès porter aux hommes la pudeur et la justice, afin qu'il y eût dans les villes de l'harmonie et des liens créateurs d'amitié.Hermès donc demande à Zeus de quelle manière il doit donner aux hommes la pudeur et la justice: " Dois-je les répartir comme les autres arts ? Ceux-ci sont répartis de la manière suivante: un seul médecin suffit à beaucoup de profanes, et il en est de même des autres artisans; dois-je établir ainsi la justice et la pudeur dans la race humaine, ou les répartir entre tous ? " - " Entre tous, dit Zeus, et que chacun en ait sa part: car les villes ne pourraient subsister si quelques-uns seulement en étaient pourvus, comme il arrive pour les autres arts; en outre, tu établiras cette loi en mon nom, que tout homme incapable de participer à la pudeur et la justice doit être mis à mort, comme un fléau de la cité. " Tags :
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